MANOSQUE, LE PARAÏS, LE 18/01/2019

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"Ma mère... un caractère en or, doux et ferme, son amour pour mon père était démesuré sans être étouffant". Sylvie Giono ne peut dissocier ses parents mais  rend un hommage appuyé à sa mère, Elise. Reconnaîtra-t-on assez la place de ces femmes, modestes et uniques, essentielles et dévouées, dont la présence auprès de leurs époux totalement habités par leur oeuvre constitue une tâche qui conditionne leur accomplissement.

Et à ce sujet, m'a-t-on dit, nul ne parlera d'emploi fictif.

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Août 2018. A l'occasion des Rencontres Jean Giono, j'aborde Sylvie Giono, la fille cadette de l'écrivain. Nous évoquons la prestation remarquable d'Alain Bauguil, qui interprète depuis des années (plus de mille représentations), seul en scène, Ennemonde, récit d'un caractère monstrueux comme les aimait Giono. Puis j'ose solliciter un entretien autour de sa mère, Elise et de la maison familiale, désormais "maison des illustres", puisque cette femme s'était chargée des tracas quotidiens pour que son Jean puisse s'adonner au plaisir d'écrire. Sylvie accepte l'idée. Nous convenons de nous retrouver en septembre à l'occosion des Correspondances manosquines. Cependant le rendez-vous se reportera : Sylvie Giono sera trop prise par les lectures qu'exige l'attribution du Prix Littéraire Jean Giono dont elle est membre du jury. Ce délai me permettra - à moi aussi - de lire ou de relire. Toutefois sans autre enjeu que de dépoussiérer mes tablettes. Je replonge dans le livre d'Aline Giono, Mon père, contes des jours ordinaires, celui de Sylvie, Jean Giono à Manosque, Le Paraïs la maison d'un rêveurJe retourne au Giono d'Henri Godard, je retrouve celui de Claudine Chonez, j'en feuillette d'autres, des épais, des oubliés, j'inserre des marque-pages, je prends des notes, je les perds, bref je me prépare.

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Janvier 2019. Direction Manosque, Montée des Vraies richesses, à droite l'impasse, le petit canal, à sec, la porte du jardin, entr'ouverte... C'est jour de visite. Des fidèles, de l'Association des Amis de Jean Giono sont là, actifs. L'un assure les visites de la maison, l'autre s'applique sur un clavier face à un écran... Quelqu'un vient, quelqu'autre sort. Sonnerie, le téléphone. Moteur, la photocopieuse. On vous parle tout en faisant. En face d'un présentoir des ouvrages de Giono ou à son sujet, une vitrine remplie des traductions de son oeuvre. Tout est bien,  on s'imagine l'écrivain, là-haut, dans son phare, peut-être va-t-il descendre dans un instant et vous apercevoir...

Depuis des années ce lieu décline l'art de l'accueil simple et sincère. On est là pour vous faire aimer les livres de Giono dans les murs même où ils furent composés. Ce n'est pas un musée, on ne consomme pas une tranche de folklore provençal. Ce n'est pas une chapelle, on n'allume aucune petite flamme sous le portrait du saint homme. Voyeur et dévôt s'abstenir. Puisse cette illustre maison conserver cette qualité propre à ses habitants, Elise et Jean, Aline et Sylvie Giono. Qui entre ici est bienvenu, pour le plaisir et le bonheur de l'hospitalité. Comme au seuil des livres qui en doublent les murs.

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Sylvie Giono m'entraîne dans la salle à manger (comme le fit en 2017 Jacques Mény, le président de l'association). Sur la table, des pivoines blanches. C'est là où la famille Giono se retrouvait pour les repas. Le soleil inonde le mur derrière Sylvie, puis se perd dans ses cheveux aussi blancs que le bouquet. Peu à peu au fil de notre conversation les rayons lui mangeront la joue. Sa main viendra la protéger. Je songe à son père qui affirmait détester le soleil et préférer la pluie. A plus d'une reprise je crois être en face de cet homme : à cause du regard clair qui me fixe et me dépasse (j'ai observé plus d'un portrait de l'écrivain) ; à cause de cette cadence dans la parole, et même dans certaines tournures de phrases (j'ai écouté maintes fois les entretiens de Jean Giono avec Jean Amrouche ou Jean Carrière, j'ai un peu gardé dans l'oreille la petite musique de sa voix).

Madame "Gracieuse" (ainsi la nommait Aline, son aînée) accepte toutes mes pistes, mes hésitations, mes curiosités et mes amusements. Elle évoque le charme de son père. Elle en garde quelques tours, non ? On évoquera Elise, Aline, la Nini, la Fine, les chiens, les chats, les repas, un sanglier et un renard, les bureaux, la musique, la machine à écrire Remington, le bel Angelo, Guy Béart, Georges Brassens, Jacques Brel, le cinquantenaire de la disparition de l'écrivain, le MUCEM qui lui rendra hommage ainsi qu'à Lucien Jacques, puis on s'étonnera des superbes histoires d'un étrange père qui écrit dans le cocon aménagé par son épouse, son Elise...

Ne pas oublier qu'en 1935 Jean Giono dédicacera Que ma joie demeure à son épouse : "A Elise dont la pureté m'aide à vivre". 

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