Les Correspondances de Manosque-La Poste

Manosque, le 22/09/2016

Le temps d'écrire

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L'écrivain, avec Je me souviens de tous vos rêves, ne s'oblige plus à vivre plus d'un an dans la permanence d'un personnage ; il se plaît désormais, pas à pas, au fil des rencontres, au flux des souvenirs, à cueillir "derrière l'air" ce trois fois rien qui devient prétexte à polir des phrases avec un plaisir renouvelé. Le plus simplement du monde, il évoque les ateliers d'écriture menés en milieu carcéral, ses déboires avec un juge (Tu tomberas avec la nuit), son ami Joël Gattefossé, le créateur du Bleuet, librairie magnifique de Banon. Le cinéma cherche à tourner ses romans mais le sort s'acharne à repousser la première prise.

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 En quatre temps

1.Manosque, place de l'Hôtel-de-Ville, le 27/09/13. René Frégni, invité lors des Correspondances, présente son livre Sous la ville rouge. A deux ou trois reprises il semble ouvrir la piste du parisianisme. Son interlocuteur (modérateur) ne saisit pas l'occasion. Au terme de l'échange, le public est encouragé à réagir. Je lève la main et engage René Frégni à parler du milieu littéraire parisien. Il répond sans me lâcher du regard. Je suis impressionné : il me répond. Entendez bien, ses propos ne s'adressent pas au public anonyme, il s'adresse avant tout à l'individu que je suis. Je me jure alors d'oser un jour lui demander une interview.

2. Manosque, place de l'Hôtel-de-Ville, le 04/08/16. Invité par l'Association des Amis de Jean Giono (lors des Onzièmes Rencontres Giono), René Frégni présente Je me souviens de vos rêves. Au moment de la dédicace je l'interroge sur un possible entretien que j'imagine en septembre, après son passage aux futures Correspondances. Il accepte sans façon.

3. Manosque, place de l'Hôtel-de-Ville, le 22/09/16, 16h00. Pour arranger l'équipe des Correspondances, René Frégni a accepté d'échanger le moment de sa rencontre publique (prévue ce jeudi 22 à 18h) avec celui de l'écrivain programmé, lui, au samedi 24. Notre entretien s'avance donc dans l'après-midi. Frégni me reçoit dans son appartement à hauteur de clocher. La fenêtre de la cuisine cadre une perspective jusqu'aux collines. Il me laisse choisir l'endroit de notre conversation. A la vue de mon micro "shotgun", il sourit : d'un ami connu en prison il tient que les flics, de loin, captent des conversations avec de semblables canons... Je lui jure que le mien est bien moins performant et que mes intentions sont pacifiques... Entretien agréable comme avec chaque interlocuteur qui a quelque chose à dire, qui sait le dire et qui ne s'écoute pas le dire.

4. Manosque, grande salle du théâtre Jean le bleu, le 22/09/16, 20h45. En attendant la lecture d'extraits de Cannibales (de Régis Jauffret), j'entends derrière moi deux voix médire. L'une affirme que René Frégni a voulu passer du jeudi au samedi afin de bénéficier d'une audience plus nombreuse. L'autre réplique que c'est un homme malsain. Je me retourne et dévisage quelques secondes les accusateurs, sans un mot. Leur conversation change de sujet. René Frégni, décidément, restera pour certains un "mauvais sujet". Oui, "Les brav's gens n'aiment pas que..."