MICRO-ENTRETIENS

06 août 2018

AVEC PHILIPPE MANGENOT

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AVIGNON, FESTIVAL OFF  

THEÂTRE DU PETIT LOUVRE

Le 25/07/2018

REGARDEZ LA NEIGE QUI TOMBE

Une promenade dans la vie et l'oeuvre d'Anton Tchekhov

Petit Louvre, salle Van Gogh. Rafaèle Huou et Philippe Mangenot en face à face. Elle est la comédienne, il est le metteur en scène. Une pièce paysage, selon l'expression de Michel Vinaver. Le spectateur devra suivre la sinuosité d'un déroulement sans cause ni effet mais parsemé de bonds, d'hésitation, d'égarement et de franchissement. Une représentation se réalise sous ses yeux : André Markowicz et Françoise Morvan traduisent les extraits des textes de Tchékov qui composent cette promenade. Anton Tchékov et son épouse Olga livrent des tranches de leur vie. Dialogues, monologues, fragments biographiques ou de correspondance, interpellations du public, autant de paroles, de phrases qui, par touches éparses, esquisse un caractère, une vie, un destin ou ce qui lui ressemblerait... Mais qui êtes-vous donc, docteur Tchékhov ?

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Philippe Mangenot crée en 2006 la Compagnie de l'Entre-Deux, à Lyon. Il travaille au sein du Théâtre du Point du Jour. Depuis dix ans, il parcourt la région Auvergne-Rhône-Alpes pour animer des ateliers de pratique et jouer de petites formes théâtrales dites tout terrain.

 Avec une malice juvénile au fond des pupiles, il livre ses projets : un Don Juan d'après Molière, le Pig Boy de Gwendoline Soublin. Première en novembre prochain au théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon.

Don Juan ? Deux comédiens pour interpréter tous les personnages. Une "machine à jouer". Costumes d'époque : ceux d'aujourd'hui. Accent sur un homme "qui s'affranchit des dogmes et des certitudes".

Pig Boy 1986-2358 ? Un texte-gigogne. Un jeune éleveur de pors subit la crise agricole et rêve d'être cow-boy. Un porc-star accusé de copulation avec une fan japonaise. Une truie fuyant la maternité où elle donnait naissance à des petits d'homme. Le transhumanisme, la technologie, l'ironi et l'onirique. Un texte jailli d'une colère, dit l'autrice, Gwendoline Soublin.

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Philippe Mangenot vit pour et par le théâtre. Sa voix, ses gestes, ses regards ne cessent de témoigner qu'il aime cette vie de création artistique parce qu'il entretient un appétit des gens et des rencontres. Lisons ses brèves, issues de l'imprévu, d'un petit rien advenu pendant une représentation ou avant, voire après. 

Un pied dans la comédie, l'autre dans la tragédie, Philippe Mangenot chemine de Lyon en Avignon, de Tchékhov à Soublin sans feu d'artifice ni fanfare mais avec "les moyens archaïques du théâtre : des corps traversés par des voix, dans un même espace où scène et salle seront réunies dans une même lumière". Il parle de sérendipité, l'art des trouvailles inopinées. Son "Tchékhov", avec ou sans champagne, pousse à relire les nouvelles du docteur russe, par exemple Histoire de rire. "Midi, par une claire journée d'hiver..." C'est ainsi que l'on voit tomber la neige.


30 juillet 2018

AVEC ALEXIS MONCORGE

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AVIGNON / OFF 

26/07/2018

AMOK / Théâtre du Roi René

Amok de Stefan Sweig, adapté et interprété par Alexis Moncorgé. Molière 2016 de la révélation masculine. 

Premier tableau. Avignon, place des Carmes, juillet 2016. Un jeune comédien m'aborde, il tracte. Le troisième en moins de cinq minutes. Auparavant, au terme d'une conversation curieuse (remplie de curiosité), un comédien italien m'a conseillé de lire Histoire du tigre de Dario Fo dont j'ignore presque tout pour ne pas dire dont je ne sais rien. Le jeune comédien tend son flyer. Je vois le nom de Sweig - je connais - puis le titre Amok - j'ai lu ! Une histoire de folie. Amok, amok ? Une râge meurtrière. D'autres que Sweig mirent en récit cette folie incontrôlable mais, à cet instant, à l'ombre des arbres, je songe à l'album du Piège malais du dessinauteur Didier Conrad.

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 Le comédien insiste sur son travail personnel. Il cherche l'argument qui me toucherait. Il sent ma résistance. Il trouve la faille. Je lève le regard du flyer quand il explique son travail d'adaptation, son souci de disposer d'un décor moduble, facile à monter, démonter, transporter dans sa propre voiture. Ce détail m'intéresse. Je l'interroge : pourquoi tant d'adaptations de romans dans l'énorme catalogue du festival. N'y aurait-il plus d'auteurs dramatiques ? Il m'explique : présenter un texte connu, d'un auteur connu, seul en scène, cela convient au public et convaint un directeur de théâtre. Cette franchise me plaît. Je lis enfin son nom sur le tract : Alexis Moncorgé. Avec un peu d'hésitation j'évoque Jean Gabin (Jean, Gabin, Alexis Moncorgé). "C'est mon grand-père dit-il, mais je ne l'ai pas connu. Je suis né après son décès". Le lendemain, je suis au théâtre du Roi René et assiste à son Amok. J'observe la scène, les éléments du décor, j'entends l'obsession, je vois le médecin fuyant la passion. Ce sera le dernier spectacle de mon séjour. Autant finir en beauté. En sortant, frôlant la scène sur laquelle il commence à ranger son matériel afin de céder la place au spectacle suivant, il m'aperçoit et me reconnaît. "Vous êtes venus ! Merci." Deux, trois mots. Il ajoute :"On se reverra." Salut de la main. Sur la route du retour, je me souviens de l'avoir déjà vu sur cette même scène dans La Mouette de Tchékhov. Plus tard j'appris sa récompense : révélation masculine aux Molières 2016.

 

Deuxième tableau. Avignon, théâtre du Roi René, juillet 2018. Alexis Moncorgé est là, il entre dans le hall après son énième représentation. Je l'aborde. Il a un peu changé, plus de retenue (de méfiance ?). Il m'écoute, accepte le principe d'un micro-entretien. Rendez-vous le lendemain matin. 

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 Bien évidemment, j'arrive avec dix minutes d'avance. Il arrive, me situe, petit signe de reconnaissance, me demande de patienter. Il ne quittera pas les lunettes noires. Je saisirai trois ou quatre fois son regard. Cela me rassure. Nous nous installons dans une arrière-cour, domaine des techniciens. A proximité on perçoit les voix de comédiens et les réactions de la salle. Alexis Moncorgé parle aussitôt, dès les premiers propos avec l'aisance de ceux qui connaissent ce genre de situation. Pourrais-je sortir des chemins battus ? Décidé à ne pas évoquer Jean Gabin, je n'insiste pas quand lui-même l'évoque et parle de "fils de..." Ses mains ponctuent ses propos. Les doigts se croisent après chaque geste d'insistance ou d'hésitation. 

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Trois années avec Amok. Plus de trois cents représentations. Vous avez modifié quelque chose, non ? lui demandent les spectateurs de l'an dernier ou d'avant. Lui a changé. Pas l'adaptation ni la mise en scène mais son jeu d'acteur. Le  personnage et lui-mêmes ont vécu trop ensemble depuis plus de trente mois pour qu'ils restent identiques dans leur cohabitation théâtrale. 

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Alexis Moncorgé est désormais celui qui a joué Amok. Le voilà disponible pour porter son art, son expérience, sa jeunesse devant l'oeil des caméras. Il s'accorde un an pour tenter d'obtenir un rôle, d'incarner un personnage sur l'écran. Amok lui ouvit les portes de la reconnaissance professionnelle. Amok lui apporta l'estime et l'attachement de publics. Ce "loup" (selon son propre aveu) aime aussi la meute. Alexis Moncorgé comprend que le métier qu'il se donne exige un travail solitaire. Amok l'a sorti du lot. Il reviendra jouer en troupe. Le théâtre lui garde et réserve d'autres défis. Alexis cherche les obstacles pour les franchir. Il prend le temps sans le perdre. Il est un comédien de l'endurance. Il est Alexis, celui qui résiste à la facilité et la repousse. 

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11 mars 2018

AVEC THIERRY DUCROIX

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Festi'vache 

Rencontres cinématographiques

sur le monde rural

Cinéma Paradiso 

Saint-Martin-en-Haut (Rhône), le 10/03/18

Thierry Ducroix dit être tombé dans la marmite du cinéma dès l'enfance. Et, entre nous soit dit, à l'entendre ci-dessous, ce prof d'histoire-géo non seulement ne sort pas du chaudron mais entraîne dans la soupe magique toutes celles et tous ceux qui passent à sa portée...

Son père passait les dimanches au cinéma local, à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône), à quelques coups d'aile de Saint-Martin-en-Haut. Projectionniste ou dans la salle, il s'inquiètait de bien installer les spectateurs. Le fiston sur les talons. Il parcourait les rues de la cité industrieuse et collait les affiches. Le fiston sur les talons. On ne vit pas impunément une pareille enfance, la tête dans la lumière des rêves projetés sur la toile d'une salle obscure. Désormais, depuis trente ans, il donne le goût de l'Histoire, avec l'H, aux élèves qu'on lui confie en piochant à pleines mains dans les classiques du 7ième Art et du 9ième Art.

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Au cinéma Paradiso, au vu de sa culture cinématographique, il est membre de l'équipe "Ciné Collection". A ce titre, le 10/03/18, il présente au Festi'vache, la projection du classique Et  milieu coule une rivière de Robert Redford. "C'est magnifique, dit-il, dans l'ambiance d'une salle, meilleur que sur le plus grand des écrans de salon." Le film, rénové, présenté en VO, garde son charme et sa force. 

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Piochant dans sa collection d'affiches, il décore un des couloirs du Paradiso. Quel que soit le thème des séances, il trouve dans son stock quelques raretés pour accompagner le spectateur jusqu'au fauteuil où l'extinction des feux est un éveil, un réveil.

Imaginons un palmarès, celui de Thierry Ducroix où il inviterait les meilleurs de ses proches, amis, voisins, cousins pour leur offrir une journée de plaisir avec trois projections, trois films selon son coeur... Réponse dans l'entretien. Indices ci-dessous... Thierry ? Un amateur amoureux.

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AVEC CHRISTOPHE SWITZER

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FESTI'VACHE 2018 

Rencontres cinématographiques sur le monde rural

Cinéma Paradiso, le 10/03/18, Saint-Martin-en-Haut (Rhône)

Remarqué aux Conviviales de Nannay (Nièvre), Christophe Switzer obtient le prix du scénario puis bénéficie d'une résidence d'artiste au Festi'Vache.

C'est en sortant d'une projection de Top Gun, que le jeune Christophe renonce à devenir pilote de chasse pour une carrière de comédien. Sa mère l'entend, elle l'inscrit, au fil des déménagements (papa militaire...) dans des troupes de théâtre amateur. Puis, plus tard, il suivra le Cours Michel Galabru. Depuis il cite "Michel", le mal-aimé césarisé, avec simplicité et cordialité, comme s'il l'avait revu hier au soir.

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 Il réalise Bagatelle en 2007, dans un troquet appartenant à des amis,   un court métrage de dix minutes dont l'humour est né d'une anecdote - comme souvent. Et ce, à cinq cents mètres du théâtre du Gymnase, au Passage des Panoramas. Panoramas ? Quel clin d'oeil du sort ! Et zou, le film est sélectionné une dizaine de fois, décroche deux prix et part se vendre en Ukraine. Les récompenses ? Indispensables, elles donnent un public aux films qui ont vocation à passer de salle en salle.

Narvalo, court métrage de dix-huit minutes, tourné en 2013, est repéré, primé, diffusé sur TV5. Son ton nerveux et décalé, pour traiter du racisme en banlieue, suscite surprise et commentaires...  Soury, en 2016, un court métrage de vingt minutes où, au pied du Ventoux, un réfugié syrien fait face à un viticulteur aux rudes manières. 

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Je n'étais pas d'accord avec la façon dont les médias parlaient de la Syrie, dit le réalisateur. Une trentaine de prix. Décidément le cinéma de Switzer fait son trou, atteint son objectif : toucher les spectateurs. 

La clef de voûte. Tout film, selon lui, assure sa construction lorsque sa clef de voûte prend place. Pour ce qui est de Breton, scénario primé à Nannay, la clef réside en un cheval de trait. L'animal donne son nom au titre. Le court métrage répond en une économie de moyens. Un lieu circonscrit, c'est à dire une ferme de 1965 et son extérieur. Une poignée de personnages, avant tout un noyau familial. Un moment crucial, un de ces instants de bifurcation que  réserve la vie. Nous connaissons ces heures où une décision attendue ou un événement inattendu pousse le destin à basculer, à pencher sensiblement. Il arrive même que l'occasion ne se produit pas et passe. Quoi qu'il en soit, le scénario de Breton s'affinera avant que ne commence le tournage (sans doute en Bourgogne) comme s'affinent les vins et les pensées.  

Christophe Switzer, un nom que l'on reconnaîtra peut-être plus tard sur un générique de documentaire ou sur une affiche théâtrale. Patience, attendons le prochain Papa, et avec encore plus de patience un récit où l'avion serait au coeur du film.

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29 janvier 2018

AVEC ALAIN BAUGUIL

THEÂTRE DU FENOUILLET

SAINT-GERVAIS-SUR-ROUBION (Drôme)

27/01/2018 : Ennemonde, de Jean Giono

Alain Bauguil interprète, joue la chronique gionienne ! Il accomplit  cette performance de "diseur" depuis... mais qu'importe le temps !

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Le Théâtre du Fenouillet ? Au bout des chemins. On vous accueille dès le parking. La scène ? Un large carré face à des gradins incurvés. Alain Bauguil, au seuil, un bâton à la main, lance la première phrase : "Les routes font prudemment le tour du Haut-Pays." Et voilà, bienvenue chez Giono. Le Giono de la sapience, celui chez qui le savoir écrire se fond dans la saveur de raconter quelque histoire. La voix du comédien, instrumentale, s'adonne à la partition cadencée d'un écrivain qui connaît son sujet puisqu'il l'invente à chaque ligne. Ennemonde ? La chronique d'une femme qui travaille à son propre bonheur dans une chronologie violente, dans un territoire vacillant entre des plateaux pétrés, des vallons célestes et des forêts marines. Si la toponymie du récit énonce des lieux authentiques, la géographie adopte des dimensions à la mesure des personnages et à la démesure de leur auteur. Une heure et demie durant, Alain Bauguil entraîne vers des sommets de jalousie, sur des sentes de haine ou au milieu de carrefours des luttes et des passions humaines. Il nous dit combien la langue est belle, combien Giono nous surprendra encore et toujours, combien la force du comédien réside dans la fragilité mise dans la voix. Jusqu'au terme : "Oui, le printemps va venir."

 

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Alain Bauguil pendant neuf ans (1975 -1984) dirigea la Maison de la Culture de Firminy, le bâtiment imaginé par Le Corbusier. Une époque de projets, de réalisations au bout de laquelle il quitte le cercle culturo-politique et retrouve son âme de comédien, seul. Sans troupe, sans compagnie comme auparavant, à Lyon, de 1965 à 1975, du temps où il montait avec la joyeuse bande du Tournemire, du côté du théâtre du Point du jour, des pièces impertinentes (Les Pieds Nickelés, d'après Forton) ou des drames en plein air (Barrabas, de Michel de Ghelderode). 

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A Saint-Gervais-sur-Roubion, en 1984, il recommence. En bifurcations, en choix à saisir, son existence est généreuse. L'adolescent espérant devenir pilote de ligne, en Algérie, durant la guerre du même nom, il deviendra contrôleur du ciel. Rétroviseur, le récit autobiographique qu'il dit sur scène, rapporte le souvenir d'un atterrisage nocturne, lui dans la tour, guidant un pilote perdu dans l'obscurité du ciel. Ce diseur de Cendrars, Giono et Maupassant jouera au cinéma : on le voit dans Le Hussard sur le toit de Rappeneau, on l'aperçoit dans Le juge Fayard d'Yves Boisset, Claude Chabrol le prend dans La fille coupée en deux. Il tisse une complicité amicale avec Victor Lanoux qui apprécie de le retrouver pour jouer dans Louis la Brocante et le Commissaire Laviolette. Le cinéma ? Des cachets souvent pour aménager et agrandir le Fenouillet.

Alain Bauguil et Victor Lanoux

Le théâtre du Fenouillet est son refuge, son atelier d'acteur. Il deviendra un toit pour d'autres acteurs. Ici, avant tout, on vient oeuvrer. Le lieu se veut une résidence pour imaginer, répéter, monter  des spectacles. Certes, une programmation ponctue les semaines et les saisons. Bien sûr, des ateliers pour grands et petits s'ouvrent pendant des vacances ou des samedimanches. Mais place aux tréteaux, place aux créations qui naissent ici pour grandir ailleurs. "Ici, on travaille à l'ancienne, dit Alain Bauguil, comme les copiaus."
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21 novembre 2017

AVEC JYE & PATRICK ABRIAL

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Vivats de Vibrevanz

Viricelles (Loire),

le 18/11/2017

Un duo dans une bulle de sons 

Viricelles, aux Vivats du vendredi 17/11/17. Sur scène, ils s'installent, Patrick Abrial côté cour, Jye côté jardin, assis dans une ellipse d'enceintes, entourés de lumières qui les auréolent. Abrial, masqué dans l'arc ombré de son chapeau, Jye, la silhouette floutée dans sa longue chevelure. Puis, les voix des deux guitares se mêlent à celle du chanteur, et voici que les visages se lèvent, s'éclairent, et voici que s'ouvre la sphère et nous aspire. Les sons débordent, arrivent par ondes concentriques jusqu'au creux de nos oreilles surprises... Les notes arrivent justement placées, les nuances s'enchaînent à la mesure des phrases. C'est à la fois carré et rond. La quadrature du cercle ? 

C'est donc un tête à tête, un duo, sans premier ni second. Pas de faire-valoir - ou alors chacun se voudrait le faire-valoir de l'autre. Un duo sans duel. Un duo pour combiner sans dupliquer. Un duo pour que dialogue l'écho d'une intime connivence. Les chansons ? Prétextes, semble-t-il, rien que des prétextes à habiller ces belles de parures nouvelles. Les chansons de Patrick, certes, mais une de Gainsbourg, une autre de Piaf ou de Brel. Pas fagotées, ni maladroitement maquillées, non, amoureusement découvertes et tendrement revêtues.

 Photo : Serge Féchet

(Photo : Serge Féchet)

Jye, musicien d'origine bretonne. Les bals, les orchestres, les routes, les métros, les cafés, les groupes, tout un apprentissage du genre "On the Road Again" qui forge un savoir-faire trempé dans des braises trouvées peut-être, tel Robert Leroy Johnson, à un carrefour du diable... Qui sait ?

Patrick Abrial. Acte 1, une vingtaine d'années (1966-1982) où, tout d'abord remarqué par une maison de production après un passage à la télé, il chemine ensuite de salles de concert en MJC, de ballade folk en rock musclé. Acte 2, une trentaine d'années (1982-2015) durant lesquelles il développe Abrial Studio, lieu de compétences musicales où bientôt s'ajoute Thibault Abrial, le fiston passionné qui joua avec Trust, Michel Berger et Johnny Hallyday. L'Abrial Studio crée des musiques, des arrangements autant pour des marques publicitaires que pour des événements, des scénographies (par exemple au musée de Vevey consacré à Charlie Chaplin). Acte 3, rencontre avec Jye. Décision de jouer ensemble et de naviguer de conserve, contre vents et marées, pour une grande course de havres en scènes. Aux Francofolies 2015, l'accueil est chaleureux, encourageant. Un album approche, un CD semblable au concert, bien enregistré, bien calé, lisse et rond comme une pomme qu'on croque à pleines dents. Par goût des pures saveurs.

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19 octobre 2017

AVEC IRENE CHAUVE

Chazelles/Lyon, le 14/10/17

Salon du livre, auditorium de la Chapellerie

IRENE CHAUVE, UN THEÂTRE POUR APPROCHER L'IMAGINAIRE 

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Irène Chauve, formée à l'école de la Comédie de Saint-Etienne, met les pas dans les pas de Jean Dasté : elle joue et monte des spectacles pour un public rural dans les villages, elle touche un jeune public et elle anime des stages au théâtre du Parc dans la ville d'Andrézieux-Bouthéon (Loire). Avant de s'initier au théâtre sous chapiteau, aux marionnettes et aux masques, c'est auprès de l'écrivain Jean-Claude Mourlevat qu'elle s'initie à l'art du clown. Désormais, au sein de l'association Docteur Clown, elle joue en milieu hospitalier auprès d'enfants malades.

Mourlevat ? un professeur d'allemand qui devient clown puis écrivain. Pour la compagnie Le ruban fauve, Irène Chauve adapte sur les planches L'Enfant océan, le roman de Jean-Claude Mourlevat que certains adultes lisent avec un  émerveillement différent que celui des enfants. Cette épopée de sept frères fuyant leurs parents pour gagner le large, l'océan, sans bottes de sept lieues, contient des échos du conte de Charles Perrault et multiples prétextes à relire notre propre histoire. Le dernier des sept frères, Yann, enfant muet et doué, trace son destin sans compromis. Il joue jusqu'au bout sa dernière carte.  

Au seuil de l'entretien, on s'interroge : vraiment, on peut exercer le métier d'une comédienne loin des capitales, loin des machineries spectaculaires et tapageuses ? On ressort du témoignage d'Irène Chauve avec la certitude qu'on peut vivre de cet art avec pour simple enjeu celui de montrer combien le jeu de l'acteur "en direct"  transmet une vie pénétrée de l'imaginaire et du goût du risque que Jean Dasté espérait transmettre à celles et ceux qui poursuivraient son travail.

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18 octobre 2017

AVEC JEAN-LOUIS THOUARD

Chazelles/Lyon, le 14/10/17

Salon du livre, auditorium de la Chapellerie

JEAN-LOUIS THOUARD, DU SOMBRE AU FLAMBOYANT

 

 Jean-Louis Thouard aime "les histoires extraordinaires d'Edgar Poë". Avec le scénariste Roger Seiter il est heureux de présenter la réédition des trois aventures précédemment éditées chez Casterman (avec, mazette, une préface de J-Claude Mézières) en une intégrale de grand format publiée désormais aux éditions du Long Bec. Le roman graphique "La somnambule", polar adapté par Stéphane Michaka, est une approche d'un quotidien sombre et inquiétant.

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La communauté de communes de Forez-Est, en lien avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles d'Auvergne-Rhône-Alpes, portera dans les mois qui viennent une résidence d'artiste dans le cadre duquel Jean-Louis Thouard interviendra auprès d'adolescents, des collégiens, lycéens ou membres du club Manga de la MJC chazelloise. Ces ateliers chercheront à mettre en valeur un imaginaire du genre "steampunk" puisque le site de la Chapellerie porte et contient une histoire industrielle du XIXème siècle, un décor sombre et flamboyant.

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AVEC BRUNO BREL & VINCENT ROCA

Chazelles/Lyon, le 14/10/17

Salon du livre, auditorium de la Chapellerie

EN COMPAGNIE DE BRUNO BREL & DE VINCENT ROCA

ENTRETIENS (16)

Hommage à Bruno Brel : Voici un artiste belge émigré en Picardie. Entre la Flandre et la Picardie, pas d'obstacle naturel majeur, la frontière est un artifice conventionnel. Et l'on sait combien l'artiste échappe au convenu et à l'artificiel. Et l'on sait aussi que chez les Brel, soit on s'encartonne - je veux dire qu'on travaille dans la cartonnerie familiale - soit on court après une inaccessible étoile. L'oncle Jacques, en son temps, nous l'avait expliqué : fuir le carton afin de mieux brouiller les cartes célestes ! Certes, Bruno Brel possède de sacrés atouts pour jouer de surprenantes parties. Les pieds sur les planches, la voix dans les mots, les fesses sur les motos, les mains au guidon, les doigts au crayon, les yeux ailleurs, le coeur au ventre, le ventre à terre. Bref, Brel, Bruno, joue avant tout de lui-même et sa course traverse un monde souvent moche où il crie que la vie, elle, est bien belle (j'ai failli écrire bien Brel).

ENTRETIENS (1)

Hommage à Vincent Roca : Jadis chroniqueur à France-Inter, Vincent Roca croqua portraits et tableaux en deux coups de cueiller à mots et en trois coups de brosse à redire. Aussi, en 2011, lui attribua-t-on un sujet de contentement : le prix Raymond Devos (dont il est dévot). Son art relève du contrepoids. En effet, quand tout autour de lui semble fardeau, ce textuagénaire ne tarde guère à placer nos tares sur les plateaux de son théâtre où il pratique le rejet des poids : poids des jours et de l'ennui, poids des faibles et de l'effort, pouah des brutes et poids (proies ?) des doutes. Athlète du vertige, poète de l'élan, esthète du déséquilibre, Vincent Roca cultive un charme qu'il enracine dans le terreau de l'amitié et arrose en puisant dans le tonneau de la fidélité. Et en la matière, il ne passe pas outre... si elle n'est de vin.

(Photos : Serge Féchet et Anne Onim)

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AVEC MARIE-LAURE BIGAND, ANNE-LYSE BLASCO & DOMINICK

Chazelles/Lyon, le 14/10/17

Salon du livre, auditorium de la Chapellerie

Trois coups de chapeau pour trois livres

MARIE-LAURE BIGAND, ANNE-LYSE BLASCO & DOMINICK

ENTRETIENS (5)

L'album "C'est qui qu'a pété", édité chez Tournez la page, reçoit le "coup de chapeau Jeunesse". Son auteur, Dominick, le présente comme un texte où l'humour aide à  démontrer combien il est difficile d'endosser la responsabilité d'un acte désapprouvé par la majorité. Derrière chaque animal présenté tour à tour comme accusé puis accusateur, il faut se reconnaître, un peu fragile, un peu fuyant, un peu plaideur.

Le roman "Akade, la prophétie", édité sous la marque Editions Amalthée, reçoit le "coup de chapeau Ados". Premier volume d'une saga (quatre volumes suivent à ce jour) que signe Anne-Lyse Blasco, ce livre obéit aux lois du genre "fantasie". De page en page, les personnages enchaînent des dialogues dans une langue ordinaire pour conter leur destin qui ne l'est pas puisque le sort de leur planète d'origine dépend de leur séjour terrestre.

"Coup de chapeau Adultes" remis à Marie-Laure Bigand pour son roman "Sur la route de ses rêves", paru chez Il était un bouquin. Une lecture qui "fait du bien" dit-on ! Récit d'une quête d'identité et de reconnaissance entre trois générations : la mère, la grand-mère et la fille. Il est question de chapelier et de modiste, d'un "journal d'espérance" et d'un passé retrouvé.

Au terme de cet entretien public, des questions surgissent : comment, loin des maisons d'édition dites traditionnelles, des auteurs font-ils paraître leurs livres ? Entre le compte d'auteur et le compte d'éditeur, quelle place prend le livre numérique ? Qu'est-ce que l'édition dite participative ? Que penser de ces nouveaux modèles économiques qui  bouleversent le monde de l'édition ? Qu'attendre de l'expérience de l'écrivain François Bon (Publie.net) qui affirme garder une ligne éditoriale dans le droit fil d'une maison d'édition, sans esprit mercantile ? Et nous autres, pauvres lecteurs, dans cette vaste affaire, devant cette multitude d'ouvrages comment reconnaissons-nous ceux où la langue est un terreau créatif, avec quels critères apprécions-nous ce que nous lisons, quels lecteurs devenons-nous ?

 (Photo : Serge Féchet)

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11 septembre 2017

AVEC NIKO RODAMEL

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Saint-Etienne, le 05/09/17

Le stéphanois Niko Rodamel, écarquille les yeux, étonné et heureux de rencontrer autant de personnes diverses dans ses déambulations de photodidacte de jazz, de hanteur de rues, de diffuseur d'ombre et de curiosité.

M. Trucmoche accumule ses images de tous les instants et les envoie aux quatre vents des réseaux socio-amicaux. Mme Machincouette cadre au jugé les paysages de son quotidien, les portraits de sa banalité. Loin de leurs images mille fois copiées, loin des grimaces mécaniques et des masques stéréotypés, il est heureux que des photographes ne prennent pas de clichés, non, mais qu'ils donnent à voir. Leurs photos ne se ressemblent pas, elles ne reproduisent pas ce que chacune et chacun voit à longueur de journée et de saison. Elles montrent ce qui échappe, elles révèlent ce qui se tenait légèrement derrière, à peine à côté, juste là, au bord, en marge, en arrière, sur le devant d'une scène visible pour qui s'approche sans effrayer, pose le regard sans forcer l'intimité. Niko Rodamel possède la chance (la sagesse ?) d'être de ceux-là. 

Niko MezzoGrafikSon activité porte un nom : Mezzografik . Mezzo, terme musical, Niko Rodamel aurait pu rester batteur de jazz. Des scènes de jazz (Rhino-jazz, Jazz à Vienne...) ou à l'Auditorium de Lyon, il saisit gestes et portraits d'artistes (ainsi le chef Leonard Slatkin, ainsi la violoncelliste Emmanuelle Bertrand). Ses voyages l'emportent de Barcelone à Budapest, de Paris à Reykjavik... De Cuba au Cameroun... De Saint-Etienne à Saint-Etienne : il collabore au Petit Bulletin (journal d'annonces culturelles) et à Hors-Ligne (mensuel en prise avec Saint-Etienne). Il expose sous les arcades de la Mairie, dans la galerie d'Adela Coman-Trambouze, il exposera peut-être en mars prochain chez les Curieux voyageurs (festival de films de voyage).

Niko Rodamel, vous le croiserez sans doute à Arles, il ne manque pas les célèbres Rencontres où reste l'ombre de Michel Tournier, co-fondateur. Vous le verrez à Vichy lors du Festival Portrait(s). Vous le reconnaitrez au Fil, lieu de musiques actuelles ou au coin d'une rue ou d'une piste africaine ou à la Cité du Design ou chez lui, en plein centre stéphanois.

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Mingus Quartet

Barcelone

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08 août 2017

AVEC JACQUES MENY

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 MANOSQUE, LE 06/08/2017 RENCONTRES JEAN GIONO #12

Jacques Meny, au terme des Rencontres Giono 2017, cible 2020, année du Cinquantenaire de la disparition de l'écrivain

Dans le Petit Larousse de 1964, l'article consacré à Jean Giono (avec photo en marge) se suffit de trois lignes : "GIONO (Jean), écrivain français, né à Manosque en 1895 ; romancier poétique de la haute Provence dans Colline, Regain, Jean le Bleu, etc." Depuis Larousse est plus bavard. L'écart montre combien le regard sur son travail (pourtant presque complet en 1964) progresse dans une reconnaissance toujours plus approfondie et élargie. En 2020, plusieurs manifestations marqueront le souvenir des cinquante années durant lesquelles autant les universitaires que les lecteurs passionnés loin d'entretenir un culte à la mémoire de Giono, renouvèlent la pertinence et la présence de son oeuvre artistique, littéraire, théâtrale, cinématographique...

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 Les Rencontres Giono, depuis douze ans, conçues, préparées et animés par l'Association des Amis de Jean Giono déclinent et croisent les apports autour et au centre des oeuvres gioniennes : en 2014, Giono de guerre revient ; en 2015, Giono, au bonheur des sens ; en 2016, Giono, Rome et l'Italie au coeur ; enfin en 2017, Giono, les animaux, les hommes. Jacques Mény, son président anime rondement les journées où s'enchaînent avec doigté des lectures (tiens, Thibaut de Montalembert), concerts (tiens, la Truite de Schubert...), films (tiens, Chang l'éléphant de Cooper et Schoedsack) et des conférences et débats (tiens, Philippe Taquet...).

Jacques Mény, bien sûr, comme beaucoup jadis - à cause d'une lecture scolaire obligatoire ou par choix de livre de vacances - a lu un Giono en poche, cependant le texte incisif, celui qui le fit basculer dans l'attraction définitive de la planète Giono, fut Hiver : "Il y avait un beau silence, puis la glace craquait." Giono lui donnait à voir, entendre, palper, ressentir... Jacques Mény est persuadé que Giono est grand écrivain car cet artiste utilise et lie musique et image pour créer, avec sincérité, une vision du monde réelle. "Je suis réaliste" dit Giono. Alors Giono l'affabulateur, Giono le menteur ? Non, c'est trop facile ! 

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En 1958, Guy Béart composa la musique du film L'eau vive (réalisé par François Villiers) puis écrivit des paroles afin de chanter la fameuse chanson qui, précise  Jacques Mény, guida le public dans les salles noires.

En 1963, pour les besoins du film "Un roi sans divertissement" (réalisation de François Leterrier), Jacques Brel composa la chanson "Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient ?" Chanson méconnue, enregistrée à la sauvette et que le chanteur ne reprit jamais ni sur scène ni en studio. A l'écoute (ci-dessous) on est tenté de deviner un léger brin de parenté avec "Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

 "Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient ?" Mr Jacques Brel - 1963

AVEC AGNES CASTIGLIONE

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MANOSQUE, le 05/08/2017 

RENCONTRES JEAN GIONO # 12

Agnès Castiglione, de Jean Giono à Pierre Michon

Bon nombre des amateurs de Giono lisent Michon, affirme Agnès Castiglione. Elle est ligérienne (Loire), mais on la voit souvent à Guéret (Creuse) ou à Manosque, car elle est gionienne et michonienne. Cette universitaire défend une littérature ouvragée, celle qui naît dans le secret atelier de l'écrivain en suivant sa propre pente et dont la facture éblouit le lecteur à jamais. Pour s'en nourrir tout au long et tout au large de la vie.

La voici "amie", membre de l'association des amis de Jean Giono. Elle relit, avant parution (Classiques Garnier en 2016) le Dictionnaire Giono, bible d'un univers littéraire des plus fécond. Presque mille pages  pour amateur et spécialiste. La voilà, fondatrice et présidente de l'association des amis de Pierre Michon. prépare un Cahier de l'Herne (automne 2018) consacré à Pierre Michon. 

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Pierre Michon, un auteur difficile ? Un écrivain qui, comme le préconisait Tchékov, donne aux hommes d'autres hommes, pas lui. Tout récit est l'histoire d'une vie. L'épitaphe des inconnus du cimetière du temps passé réduit l'existence à deux dates, l'article du dictionnaire des glorieuses célébrités à quelques lignes. Même intérêt de la part de Pierre Michon, même curiosité pour rapporter la vie de Joseph Roulin que peint Vincent Van Gogh et celle d'Arthur Rimbaud. Curiosité, grande curiosité emparant des lecteurs avides de contempler le tableau de François-Elie Corentin représentant les membres du Comité de Salut public (Les Onze), car, en vérité, Pierre Michon invente ce tableau avec une telle authenticité qu'on le cherche au Louvre. Qui sait, le trouvera-t-on un jour dans les réserves ?

Avec les lecteurs conquis par le style de Pierre Michon et décidés à pousser la porte de son atelier, ouvrons les pages du recueil "Le roi vient quand il veut". L'écrivain - avec un brin de malice - commente ses textes et ses lectures. Aveu : qu'il est exquis (adjectif gionien) de lire un écrivain sur le conseil d'un autre écrivain !

Agnès Castiglione, depuis l'âge de ses années estudiantines, écoute, suit, fréquente (et chante) Jacques Bertin. Elle promet, dès qu'elle en aura le temps, entre deux rencontres, entre trois colloques, entre dix travaux et cent rendez-vous, de consacrer un ouvrage sur cet artiste dont la voix cisèle les chants puisque "leurs chants sont plus beaux que les hommes".

Jacques Bertin Domaine de joie

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19 juillet 2017

AVEC CLAUDE ROUGE

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Le Pin, le 13/07/17

L'homme qui ne marche plus

Claude Rouge interroge la numérisation omniprésente

Après En scène, l'histoire d'un cadre, quadragénaire passionné de théâtre, après Choc Frontal, récit d'un père de famille, athée humaniste dont la fille se convertit à l'Islam, après Toni Casperlino, comédie jubilatoire d'un plombier à l'assaut de l'Elysée, Claude Rouge explore l'invasion numérique et livre les pérégrinations de Philippe Médian, citoyen d'aucun bord (car là, on peut tomber), homme d'une modération centrale (car là, on ne risque rien). Voici L'homme qui ne marche plus, aux Editions Jets d'Encre.  

Claude Rouge, genre... arlequin. Il ne porte pas un habit pour la ville et un autre pour les champs. Il ne change pas de casquette selon les jours et les heures, non, son habit est celui d'un arlequin, unique et assemblé de pièces de couleurs différentes. L'une est la chanson, une autre est le théâtre, à côté voilà un morceau qui est le roman, et encore et encore... Pour dire vrai, cet  homme met l'expression de l'être au coeur de la création, où qu'il soit, quoi que ce soit, pour quelque raison que ce soit. L'expression, cette opération qui consiste à extraire avec force et délicatesse un sentiment, une pensée, la substance exquise de la vie humaine.

   

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Un des losanges du manteau se nomme fidélité, fidélité à une terre, les Terres Froides (en Isère), fidélité à un éditeur, Jets d'Encre - écoutez-le témoigner de l'importance d'un éditeur qui accompagne et donne confiance - fidélité à un réseau, Accueil Paysan. Ailleurs, pour épater, on accumulerait les nombres - presque 300 chansons, plus de 1000 concerts, 4 romans en 7 ans... ici, on préférera s'étonner que cet homme reconnaisse en chacun de ses contemporains une part de créativité naturelle sans nier les mauvais penchants qui les poussent les uns contre les autres. Que faire ? Vaincre les craintes, lâcher prise, passer outre, oser dire, oser faire, oser opposer et proposer au discours magistral une réponse construite à plusieurs et croire avec patience qu'un pas ajouté au précédent et suivi d'un autre puis un autre, voilà qui apprend autant à marcher que de tracer le chemin. Qui a dit "marcher est une suite de déséquilibres" ? 

Clic sur la photo ci-dessous : Micro-entretien du  10/10/15, débat public avec Sandy Fiol, Claude Rouge et Roger Royer, salon du livre à la Chapellerie de Chazelles/Lyon (Loire)  

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