MICRO-ENTRETIENS

06 septembre 2019

AVEC ALAIN BESSET

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Saint-Etienne, le 05/09/2019 

CHOK THEÂTRE : Un théâtre sans esbrouffre, un théâtre de sens et d'engagement

Aux Bravos de la Nuit (Pélussin), La lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix qu'écrit Jean Giono en 1938 trouve d'étranges échos contemporains.

Cet essai mis en bouche par Grégory Bonnefont et mis en scène par Alain Besset se donne à voir et à entendre dans une version rigoureusement respectueuse du texte originel allégé pour devenir une représentation théâtrale accessible à tous et toutes.

Début août 2019, Manosque, Rencontres Jean Giono. Jacques Mény, président de l'Association des Amis de Jean Giono, présente Alain Besset qui achève alors de mettre en scène son collègue et ami Grégory Bonnefont dans une adaptation scénique de l'essai "La lettre aux paysans...". Pour transmettre aux participants, dans la salle Jean le Bleu, l'émotion que lui suscite le texte de Giono, Alain Besset en lit un extrait. Cette lecture me décide à lui solliciter un micro-entretien.

Fin août 2019, Pélussin, Bravos de la Nuit. J'assiste à une représentation de "La lettre...". Tiens, hasard, Jacques Mény est là. Il est question de jouer cette production à Manosque en 2020, année du cinquantenaire de la disparition de l'écrivain. Je prends rendez-vous avec Alain Besset.

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Début septembre 2019, Saint-Etienne, dans les murs du Chok Théâtre. Tandis que des comédiens répètent sur la scène, nous nous installons dans l'accueil. Des projos au sol, des affiches aux murs, une échelle, un extincteur et en guise de tables des planches sur... tréteaux (bien évidemment). Le décor est planté. La conversation commence.

On ne dira jamais assez comment la prose de Giono traverse les décennies en conservant sa force d'impact sur les esprits, les coeurs, les âmes (Sylvie Giono déclare  que les livres de son père lui sont une pharmacopée !). On ne dira jamais assez combien le théâtre, s'il est spectacle ici, se suffit, là, du plateau et de l'acteur. On ne dira jamais assez que le théâtre indépendant est créateur, inventif, sans être parisien ou avignonnais, classique ou boulevardesque. On ne dira jamais assez le rôle primordial de l'instituteur qui sait lire la langue, qui sait la dire et qui transmet le goût de la scène aux élèves qu'on lui confie. On ne dira jamais assez combien le théâtre n'est rien sans auteur, sans acteur, sans metteur en scène, sans chacune des personnes qui oeuvrent pour que la représentation ait lieu dans les meilleures conditions possibles et pour que celle et celui qui s'installent dans la salle ou sur un gradin entendent un chant d'oiseau, un soupir du vent sur une scène sans arbre (formule d'après Jacques Copeau). On ne dira jamais assez que le théâtre n'est pas qu'institutionnel. Dira-t-on jamais assez que le divertissement n'est pas tout contenu dans l'esbrouffe et le bruit, que le bonheur de la scène est aussi d'éveiller, d'émerveiller jusqu'au... silence ?

Voici tout ce qu'affirme Alain Besset, homme de théâtre.

 


30 avril 2019

AVEC CHARLES ROBERT

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 CINEMA PARADISO

Saint-Martin-en-Haut (Rhône)

Le 25 avril 2019

Un cinéma, une asso et des spectateurs. Charles Robert revient sur le Festi'vache de mars 2019 et livre le pourquoi de son succès.

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Les festivaliers le connaissent et le reconnaissent. Ils les accueillent dans l'une des salles du cinéma Paradiso et avant que le film soit lancé il rappelle les événements présents et à venir du Festi'vache : repas, débat, expo, météo... Son haut-de-forme, son gilet arc-en-ciel, signes d'extravagance au premier jour, deviennent signes distinctifs de sa fonction. Une espèce de maître d'hôtel, de guide, de Monsieur Loyal, de steward, de maître de cérémonie... Qui est ce personnage ? 

Charles Robert se présente à moi, le crâne couvert d'un bonnet qui rappelle Les Canons de Navarone ! Ce cinéphile notoire est membre de l'association du Paradiso qui fait de ce cinéma un lieu où l'on peut consommer du film comme ailleurs mais où l'on démontre chaque jour que la fréquentation des salles dites obscures éclaire les esprits, enflamme les sentiments et réchauffe les êtres. Sans rire, dites-vous ? Tout cela à Saint-Martin ? Oui, à Saint-Martin-en-Haut. La cité - fière d'être rurale - domine la vallée du Rhône (et donc Lyon). Du côté cinoche, rien à envier aux urbains d'en dessous. Programmation, équipement ? Même tabac que pour la capitale des Gaules. Question tarif... aucune comparaison, surtout si on prend un abonnement. En plus ? Un petit sourire complice, un regard de connivence, un petit trois fois rien de "bienvenue à la maison".

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Faut pas charrier, murmurez-vous entre les dents, Paradiso, c'est un nom, c'est un mot, on n'y marche pas quand même pas sur des tapis de pétales de roses dans ce Paradiso. 

Une seule réponse : venez voir. Venez l'an prochain au Festi'vache (début mars). Ou venez passer un dimanche à la campagne (choisir sa séance ICI). Venez pour une avant-première. Venez un mardi soir pour la séance mensuelle du CHAT. Venez pour l'hommage rendu à Agnès Varda le 10 mai. Venez au festival Hanabi : un film japonais quotidien du 15 au 21 mai. Bref, passez donc... pour voir du bon cinéma.

Charles Robert fait partie de passionnés qui retrouvent d'autres passionnés. Un énième cercle de vieilles et de vieux dingues ? Surprise : parmi les 130 membres de l'association, face à quelques retraités, des trentenaires, des jeunes gens de vingt ans, et même des ados. Pourquoi tant d'associations ne recrutent plus ? Par frilosité ? Par passivité ? Il est possible qu'ici on ne dise pas "Venez, on va vous apprendre quelque chose..." mais plutôt : "Venez, on va à la fois s'amuser et réaliser quelque chose d'utile ensemble."

Charles Robert dans son panthéon cinématographique personnel place : 

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28 mars 2019

AVEC HUGUES SAUVAGNAC

Numériser

FESTI'VACHE

Mars 2019

Saint-Martin-en-Haut (Rhône)

Cinéma Paradiso

Rencontres cinématographiques sur le monde rural

Dix jours avec de grands films, des oeuvres d'auteurs, des premières réalisations, en format court et long,  un festival où les invités, les organisateurs et les spectateurs ne se croisent pas, non, ils se rencontrent ! 

Entretien avec Hugues Sauvagnac, jeune scénariste remarqué aux Conviviales de Nannay en 2018 et en résidence d'écriture durant trois semaines à Saint-Martin-en-Haut.

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Tandis que j'installe mon enregistreur, Hugues Sauvagnac apparaît dans l'encadrement de la porte. Il lance allégement dans un large sourire de trentenaire bien dans ses baskets : Bonjour, Dominique. Une allure de James Dean, col de blouson relevé, mèche en virgule au front. Certains le verraient candidat de casting. Mais non, erreur, il ne cherche aucun rôle, le rêve d'interpréter un quelconque personnage ne l'habite pas. Lui, il invente les personnages, il les pétrit, il les habille, il les dote de qualités et de défauts et les place à sa guise - pour le bon fonctionnement de l'intrigue - dans des situations que brode son imagination. Hugues Sauvagnac, s'il est au générique, c'est en tant que scénariste.

Voici donc le bonhomme qui a mijoté Compliments au chef, court métrage de 4 minutes dans le cadre d'un concours orchestré par les Kinotechniciens. Heureux de vous connaître, Monsieur, et de vous serrer la pogne, comme on disait à Lyon. Et puisqu'on vient de lâcher le nom de la cité des bouchons, autant déguster cela dans l'instant...

 A plusieurs reprises je tente de vérifier son envie profonde. A chaque fois il ne dévie pas d'un poil : son enjeu fut et resta d'imaginer des histoires personnelles ; son but est et reste d'écrire des scénarios pour le cinéma ; son objectif sera et restera de prouver qu'il sait construire un récit avec des personnages évoluant dans un monde fictif, logique et solide.

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Il affirme qu'écrire est avant tout un acte de solitaire. Moment qu'il apprécie.

Il affirme encore qu'un scénario est précis, qu'il énonce en phrases courtes un enchaînement adapté à une mise en images. Et aussi en musiques. Le film Compliments au chef bénéficie d'une musique originale du compositeur Didier Falk (Will Production). Ne jamais oublier que la musique participe à la narration cinématographique. Dit autrement, au cinéma, la musique, c'est du film.

Il affirme enfin qu'on écrit et qu'on réécrit. Comme en peinture, pas question de faire l'économie de repentirs. Comme en cuisine, il faut carboniser quelques plats avant de trouver la bonne combinaison entre la température et la durée.

Patience donc. Le chef Sauvagnac réserve quelques recettes pas piquées des hannetons. 

20 janvier 2019

AVEC SYLVIE GIONO

MANOSQUE, LE PARAÏS, LE 18/01/2019

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"Ma mère... un caractère en or, doux et ferme, son amour pour mon père était démesuré sans être étouffant". Sylvie Giono ne peut dissocier ses parents mais  rend un hommage appuyé à sa mère, Elise. Reconnaîtra-t-on assez la place de ces femmes, modestes et uniques, essentielles et dévouées, dont la présence auprès de leurs époux totalement habités par leur oeuvre constitue une tâche qui conditionne leur accomplissement.

Et à ce sujet, m'a-t-on dit, nul ne parlera d'emploi fictif.

Numériser

Août 2018. A l'occasion des Rencontres Jean Giono, j'aborde Sylvie Giono, la fille cadette de l'écrivain. Nous évoquons la prestation remarquable d'Alain Bauguil, qui interprète depuis des années (plus de mille représentations), seul en scène, Ennemonde, récit d'un caractère monstrueux comme les aimait Giono. Puis j'ose solliciter un entretien autour de sa mère, Elise et de la maison familiale, désormais "maison des illustres", puisque cette femme s'était chargée des tracas quotidiens pour que son Jean puisse s'adonner au plaisir d'écrire. Sylvie accepte l'idée. Nous convenons de nous retrouver en septembre à l'occosion des Correspondances manosquines. Cependant le rendez-vous se reportera : Sylvie Giono sera trop prise par les lectures qu'exige l'attribution du Prix Littéraire Jean Giono dont elle est membre du jury. Ce délai me permettra - à moi aussi - de lire ou de relire. Toutefois sans autre enjeu que de dépoussiérer mes tablettes. Je replonge dans le livre d'Aline Giono, Mon père, contes des jours ordinaires, celui de Sylvie, Jean Giono à Manosque, Le Paraïs la maison d'un rêveurJe retourne au Giono d'Henri Godard, je retrouve celui de Claudine Chonez, j'en feuillette d'autres, des épais, des oubliés, j'inserre des marque-pages, je prends des notes, je les perds, bref je me prépare.

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Janvier 2019. Direction Manosque, Montée des Vraies richesses, à droite l'impasse, le petit canal, à sec, la porte du jardin, entr'ouverte... C'est jour de visite. Des fidèles, de l'Association des Amis de Jean Giono sont là, actifs. L'un assure les visites de la maison, l'autre s'applique sur un clavier face à un écran... Quelqu'un vient, quelqu'autre sort. Sonnerie, le téléphone. Moteur, la photocopieuse. On vous parle tout en faisant. En face d'un présentoir des ouvrages de Giono ou à son sujet, une vitrine remplie des traductions de son oeuvre. Tout est bien,  on s'imagine l'écrivain, là-haut, dans son phare, peut-être va-t-il descendre dans un instant et vous apercevoir...

Depuis des années ce lieu décline l'art de l'accueil simple et sincère. On est là pour vous faire aimer les livres de Giono dans les murs même où ils furent composés. Ce n'est pas un musée, on ne consomme pas une tranche de folklore provençal. Ce n'est pas une chapelle, on n'allume aucune petite flamme sous le portrait du saint homme. Voyeur et dévôt s'abstenir. Puisse cette illustre maison conserver cette qualité propre à ses habitants, Elise et Jean, Aline et Sylvie Giono. Qui entre ici est bienvenu, pour le plaisir et le bonheur de l'hospitalité. Comme au seuil des livres qui en doublent les murs.

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Sylvie Giono m'entraîne dans la salle à manger (comme le fit en 2017 Jacques Mény, le président de l'association). Sur la table, des pivoines blanches. C'est là où la famille Giono se retrouvait pour les repas. Le soleil inonde le mur derrière Sylvie, puis se perd dans ses cheveux aussi blancs que le bouquet. Peu à peu au fil de notre conversation les rayons lui mangeront la joue. Sa main viendra la protéger. Je songe à son père qui affirmait détester le soleil et préférer la pluie. A plus d'une reprise je crois être en face de cet homme : à cause du regard clair qui me fixe et me dépasse (j'ai observé plus d'un portrait de l'écrivain) ; à cause de cette cadence dans la parole, et même dans certaines tournures de phrases (j'ai écouté maintes fois les entretiens de Jean Giono avec Jean Amrouche ou Jean Carrière, j'ai un peu gardé dans l'oreille la petite musique de sa voix).

Madame "Gracieuse" (ainsi la nommait Aline, son aînée) accepte toutes mes pistes, mes hésitations, mes curiosités et mes amusements. Elle évoque le charme de son père. Elle en garde quelques tours, non ? On évoquera Elise, Aline, la Nini, la Fine, les chiens, les chats, les repas, un sanglier et un renard, les bureaux, la musique, la machine à écrire Remington, le bel Angelo, Guy Béart, Georges Brassens, Jacques Brel, le cinquantenaire de la disparition de l'écrivain, le MUCEM qui lui rendra hommage ainsi qu'à Lucien Jacques, puis on s'étonnera des superbes histoires d'un étrange père qui écrit dans le cocon aménagé par son épouse, son Elise...

Ne pas oublier qu'en 1935 Jean Giono dédicacera Que ma joie demeure à son épouse : "A Elise dont la pureté m'aide à vivre". 

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Numériser 2

 

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20 novembre 2018

AVEC PATRICK MCGOOHAN

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Cinquante ans de Prisonnier 

La série rentre désormais dans l'histoire de la TV. Patrick McGoohan reste à jamais enfermé dans le personnage qui fit son bonheur et son malheur. 

Les mordus de la série LE PRISONNIER manifêtent leur passion durant trois jours à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône). L'oeuvre qui statufiera l'acteur Patrick McGoohan dans le rôle du Prisonnier est définitivement devenu un mythe. Les années passent, la démarche singulière du Numéro 6 hante toujours les ruelles du Village que l'on ne quitte jamais. Pour s'en persuader, quatre ouvrages édités cette année sont au coeur de l'entretien public animé à la médiathèque de Saint-Symphorien-sur-Coise le vendredi 16 novembre 2018.

Numériser 3Une biographie de Patrick McGoohan, aux Editions du Bisse, rédigé par Michel Senna. Où l'on croisera Orson Welles, Peter Falk sur les pas de ce diable et drôle de numéro de McGoohan, irlandais et américain, rebelle et conservateur, père attentionné et mari fidèle, acteur prude et débridé. Un homme convaincu que la pire des choses qui puisse miner notre société occidentale est la publicité.

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Un recueil de citations, édité chez Bookelis, collectées par Patrick Ducher (le président du fan-club, le Rôdeur). Où l'on hésitera devant les contradictions de l'homme. L'acteur, peu friand d'interviews, s'est cependant livré ici ou là avec humour, avec humeur, avec facétie, avec agacement, avec qualques pirouettes d'Arlequin. Il s'étonne de l'obsession permanente de cette série qui fera son échec et son succès. Comprendra qui peut.

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Une analyse minutieuse de la série, culte et mythe, menée par Jean-Michel Philibert, en auto-édition. Plus de 450 pages d'un minutieux travail d'archiviste bénédictin et curieux pour soulever les ombres, gratter les silences, revisiter le Village, fouiller les poches des personnages, bref, expliquer, si faire se peut, l'énigme de cet Objet Télévisuel Non Identifiable.

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Une démonstration : l'originalité du Prisonnier tiendrait davantage de sa forme que de son fond. C'est la thèse que Bernard Godeaux défend dans Le Prisonnier, regards cinématographiques sur une série culte, fascicule de moins de 100 pages, autoédité. Regardons attentivement le générique de la série, bien des clefs sse tiennent là. C'est un petit bijou d'inventivité où la télé fait - à dire vrai - son cinéma. 

Bonjour chez vous. 

 

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23 septembre 2018

AVEC JACQUES VIALLEBESSET

Numériser

MOULIN RICHARD DE BAS, 

AMBERT (Puy-de-Dôme),

le 19/08/2018

"Dans le vert des montagnes", hommage poétique au foisonnant roman "Gaspard des montagnes"

Longtemps Jacques Viallebesset s'est mis avec bonheur dans les pas de Gaspard. Ce, depuis sa première visite au moulin à papier ambertois. Enfant d'à peine dix ans, il se promet d'écrire des poèmes et rêve que l'un d'eux sera imprimé sur les feuilles dont la pâte est pillonnée, formée, séchée au vallon de Lagat selon une tradition artisanale, manuelle, noble.

Rendez-vous à Richard de bas, 9h45, m'avait confirmé Jacques Viallebesset. Cela me convient, le moulin est un de ces lieux où mes sens s'éveillent et l'heure semble battre d'autres secondes. J'arrive à 9h40. Jacques Viallebesset m'attend assis sur le muret, en face du moulin, avec Sylvain Péraudeau, un des maîtres du lieu. Conversent-ils là où s'assit Marius Péraudeau quand, peu avant ou guère après 1940, il imagina de créer un moulin-musée ?

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Jacques Viallebasset écrit car il a lu, beaucoup lu, par plaisir, par besoin, par curiosité. Il fut éditeur, spécialiste d'ésotérisme, étant lui-même franc-maçon. Il écrit avec Laurent Ducastel un roman La Conjuration des vengeurs édité en 2006. Glénat décide de l'adapter en BD et confie la scénario à Joëlle Savay. Deux tomes seront dessinés par Cyrille Ternon

J'installe mes micros dans un bureau tandis que Jacques Viallebesset me confie : Je suis un bon client ! La voix, rauque, se pose dans le grave. La fumée des cigarettes enroule les propos, enveloppe les idées. Fumer relève de son rite de la conversation. Courte réminiscence personnelle des images en noir et blanc d'antan, quand Pierre Dumayet invitait les téléspectateurs à lire tandis qu'au cinéma Gabin jouait Maigret, la bouffarde au bec. 

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Adolescent, Viallebesset lit tout Henri Pourrat. Il découvre René-Guy Cadou grâce à Luc Bérimont qui anime, lui, La fine fleur de la chanson française. Cadou, une poésie "inutile comme la pluie" dont, selon Robert Sabatier, " le naturalisme, la rusticité lyriques, à la fois de pleine terre et sensible au surréel, son sens de la communauté des êtes et de la nature, de l'homme de tous les jours et du poète" constitueront un art de vivre, un art de lire, un art d'écrire. Jacques Bertin, le chantauteur comme il aime se définir, ne cesse d'entretenir l'âme de Cadou et de ses compagnons, ceux qui désormais figurent dans les anthologies sous le nom d'Ecole de Rochefort.

L'éditeur Jacques Viallebesset produira quarante livres par an. Recevoir quatre cents manuscrits, en choisir vingt, contacter des auteurs, tous experts, puis les accompagner à rédiger vingt autres titres, voilà un long apprentissage pour acquérir une certaine sapience, le métier d'accoucheur de textes. Brève réminiscence personnelle de l'annotation d'un professeur de lettres au lycée : "Sait lire, saura bientôt écrire". Jacques Viallebesset l'affirme et le répète : l'écriture s'enracine dans le fait de vivre, dans le geste (la geste) de l'existence. Il écrira, en 2011, L'Ecorce des coeurs. Entendons ce titre, mettons-le en bouche. Suçons sa fibre syllabique. Ce recueil témoigne que la leçon de Cadou est digérée. Le sens et le son nous transportent dans la nudité de la sincérité. Suivront en 2014, Le Pollen des jours et en 2015 Ce qui est épars.

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Les mains de Jacques Viallebesset ne cessent de rythmer le débit de ses phrases. Elles s'ouvrent, se serrent, tapotent la table. Je ne pourrai supprimer ou atténuer tous ces frappements au pied du micro. Tant pis, tant mieux. Qu'on entende les points d'insistance comme les coups de marteau du forgeron. Le langage se pétrit, se polit, se forge. 

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En 2014, Jacques Viallebesset publie Sous l'étoile de Giono. Une évocation de l'univers de Jean Giono en quatorze poèmes. L'écrivain manosquin, le dira-t-on assez, n'est pas régionaliste. En 2020, Giono sera à l'honneur au Mucem de Marseille. Chaque année l'association des amis de Jean Giono met en avant une facette de son oeuvre universelle. La Société des amis d'Henri Pourrat, quant à elle, reviendra sur les traces de Gaspard des montagnes dans les années qui viennent pour fêter le centenaire du roman aux cent histoires. Les bois-gravés de François Angeli présents dans les belles éditions de Gaspard des montagnes et de Dans l'herbe des trois vallées feront l'objet d'une exposition itinérante.

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Jacques Viallebesset, libre-scribouilleur, chemine de librairie en bibliothèque, de collèges scolaires en fêtes du livre pour confier ses poèmes, donner chair aux phrases et initier - si besoin est - chacune à chacun aux plaisirs de la langue. Non, affirme-t-il, le papier n'est pas obsolète, deux fois non, la poésie ne disparaît pas des rêves adolescents, trois fois non, Gaspard n'est pas qu'un monument dressé sur la place du Livradois, dans la cité d'Ambert. Gaspard est là dans le vert des montagnes et il le sera tant que la feuille sera verte et qu'on rira à la vie devant tant d'espace où court le conte fol et où passe un parfum de campagne. Tant que l'amitié sauvera tout.

Invitation à lire à haute voix, ci-dessous...

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06 août 2018

AVEC PHILIPPE MANGENOT

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AVIGNON, FESTIVAL OFF  

THEÂTRE DU PETIT LOUVRE

Le 25/07/2018

REGARDEZ LA NEIGE QUI TOMBE

Une promenade dans la vie et l'oeuvre d'Anton Tchekhov

Petit Louvre, salle Van Gogh. Rafaèle Huou et Philippe Mangenot en face à face. Elle est la comédienne, il est le metteur en scène. Une pièce paysage, selon l'expression de Michel Vinaver. Le spectateur devra suivre la sinuosité d'un déroulement sans cause ni effet mais parsemé de bonds, d'hésitation, d'égarement et de franchissement. Une représentation se réalise sous ses yeux : André Markowicz et Françoise Morvan traduisent les extraits des textes de Tchékov qui composent cette promenade. Anton Tchékov et son épouse Olga livrent des tranches de leur vie. Dialogues, monologues, fragments biographiques ou de correspondance, interpellations du public, autant de paroles, de phrases qui, par touches éparses, esquisse un caractère, une vie, un destin ou ce qui lui ressemblerait... Mais qui êtes-vous donc, docteur Tchékhov ?

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Philippe Mangenot crée en 2006 la Compagnie de l'Entre-Deux, à Lyon. Il travaille au sein du Théâtre du Point du Jour. Depuis dix ans, il parcourt la région Auvergne-Rhône-Alpes pour animer des ateliers de pratique et jouer de petites formes théâtrales dites tout terrain.

 Avec une malice juvénile au fond des pupiles, il livre ses projets : un Don Juan d'après Molière, le Pig Boy de Gwendoline Soublin. Première en novembre prochain au théâtre du Parc à Andrézieux-Bouthéon.

Don Juan ? Deux comédiens pour interpréter tous les personnages. Une "machine à jouer". Costumes d'époque : ceux d'aujourd'hui. Accent sur un homme "qui s'affranchit des dogmes et des certitudes".

Pig Boy 1986-2358 ? Un texte-gigogne. Un jeune éleveur de pors subit la crise agricole et rêve d'être cow-boy. Un porc-star accusé de copulation avec une fan japonaise. Une truie fuyant la maternité où elle donnait naissance à des petits d'homme. Le transhumanisme, la technologie, l'ironi et l'onirique. Un texte jailli d'une colère, dit l'autrice, Gwendoline Soublin.

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Philippe Mangenot vit pour et par le théâtre. Sa voix, ses gestes, ses regards ne cessent de témoigner qu'il aime cette vie de création artistique parce qu'il entretient un appétit des gens et des rencontres. Lisons ses brèves, issues de l'imprévu, d'un petit rien advenu pendant une représentation ou avant, voire après. 

Un pied dans la comédie, l'autre dans la tragédie, Philippe Mangenot chemine de Lyon en Avignon, de Tchékhov à Soublin sans feu d'artifice ni fanfare mais avec "les moyens archaïques du théâtre : des corps traversés par des voix, dans un même espace où scène et salle seront réunies dans une même lumière". Il parle de sérendipité, l'art des trouvailles inopinées. Son "Tchékhov", avec ou sans champagne, pousse à relire les nouvelles du docteur russe, par exemple Histoire de rire. "Midi, par une claire journée d'hiver..." C'est ainsi que l'on voit tomber la neige.

30 juillet 2018

AVEC ALEXIS MONCORGE

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AVIGNON / OFF 

26/07/2018

AMOK / Théâtre du Roi René

Amok de Stefan Sweig, adapté et interprété par Alexis Moncorgé. Molière 2016 de la révélation masculine. 

Premier tableau. Avignon, place des Carmes, juillet 2016. Un jeune comédien m'aborde, il tracte. Le troisième en moins de cinq minutes. Auparavant, au terme d'une conversation curieuse (remplie de curiosité), un comédien italien m'a conseillé de lire Histoire du tigre de Dario Fo dont j'ignore presque tout pour ne pas dire dont je ne sais rien. Le jeune comédien tend son flyer. Je vois le nom de Sweig - je connais - puis le titre Amok - j'ai lu ! Une histoire de folie. Amok, amok ? Une râge meurtrière. D'autres que Sweig mirent en récit cette folie incontrôlable mais, à cet instant, à l'ombre des arbres, je songe à l'album du Piège malais du dessinauteur Didier Conrad.

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 Le comédien insiste sur son travail personnel. Il cherche l'argument qui me toucherait. Il sent ma résistance. Il trouve la faille. Je lève le regard du flyer quand il explique son travail d'adaptation, son souci de disposer d'un décor moduble, facile à monter, démonter, transporter dans sa propre voiture. Ce détail m'intéresse. Je l'interroge : pourquoi tant d'adaptations de romans dans l'énorme catalogue du festival. N'y aurait-il plus d'auteurs dramatiques ? Il m'explique : présenter un texte connu, d'un auteur connu, seul en scène, cela convient au public et convaint un directeur de théâtre. Cette franchise me plaît. Je lis enfin son nom sur le tract : Alexis Moncorgé. Avec un peu d'hésitation j'évoque Jean Gabin (Jean, Gabin, Alexis Moncorgé). "C'est mon grand-père dit-il, mais je ne l'ai pas connu. Je suis né après son décès". Le lendemain, je suis au théâtre du Roi René et assiste à son Amok. J'observe la scène, les éléments du décor, j'entends l'obsession, je vois le médecin fuyant la passion. Ce sera le dernier spectacle de mon séjour. Autant finir en beauté. En sortant, frôlant la scène sur laquelle il commence à ranger son matériel afin de céder la place au spectacle suivant, il m'aperçoit et me reconnaît. "Vous êtes venus ! Merci." Deux, trois mots. Il ajoute :"On se reverra." Salut de la main. Sur la route du retour, je me souviens de l'avoir déjà vu sur cette même scène dans La Mouette de Tchékhov. Plus tard j'appris sa récompense : révélation masculine aux Molières 2016.

Deuxième tableau. Avignon, théâtre du Roi René, juillet 2018. Alexis Moncorgé est là, il entre dans le hall après son énième représentation. Je l'aborde. Il a un peu changé, plus de retenue (de méfiance ?). Il m'écoute, accepte le principe d'un micro-entretien. Rendez-vous le lendemain matin. 

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 Bien évidemment, j'arrive avec dix minutes d'avance. Il arrive, me situe, petit signe de reconnaissance, me demande de patienter. Il ne quittera pas les lunettes noires. Je saisirai trois ou quatre fois son regard. Cela me rassure. Nous nous installons dans une arrière-cour, domaine des techniciens. A proximité on perçoit les voix de comédiens et les réactions de la salle. Alexis Moncorgé parle aussitôt, dès les premiers propos avec l'aisance de ceux qui connaissent ce genre de situation. Pourrais-je sortir des chemins battus ? Décidé à ne pas évoquer Jean Gabin, je n'insiste pas quand lui-même l'évoque et parle de "fils de..." Ses mains ponctuent ses propos. Les doigts se croisent après chaque geste d'insistance ou d'hésitation. 

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Trois années avec Amok. Plus de trois cents représentations. Vous avez modifié quelque chose, non ? lui demandent les spectateurs de l'an dernier ou d'avant. Lui a changé. Pas l'adaptation ni la mise en scène mais son jeu d'acteur. Le  personnage et lui-mêmes ont vécu trop ensemble depuis plus de trente mois pour qu'ils restent identiques dans leur cohabitation théâtrale. 

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Alexis Moncorgé est désormais celui qui a joué Amok. Le voilà disponible pour porter son art, son expérience, sa jeunesse devant l'oeil des caméras. Il s'accorde un an pour tenter d'obtenir un rôle, d'incarner un personnage sur l'écran. Amok lui ouvit les portes de la reconnaissance professionnelle. Amok lui apporta l'estime et l'attachement de publics. Ce "loup" (selon son propre aveu) aime aussi la meute. Alexis Moncorgé comprend que le métier qu'il se donne exige un travail solitaire. Amok l'a sorti du lot. Il reviendra jouer en troupe. Le théâtre lui garde et réserve d'autres défis. Alexis cherche les obstacles pour les franchir. Il prend le temps sans le perdre. Il est un comédien de l'endurance. Il est Alexis, celui qui résiste à la facilité et la repousse. 

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11 mars 2018

AVEC THIERRY DUCROIX

 Festi'vache 

Rencontres cinématographiques

sur le monde rural

Cinéma Paradiso 

Saint-Martin-en-Haut (Rhône), le 10/03/18

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Thierry Ducroix dit être tombé dans la marmite du cinéma dès l'enfance. Et, entrenous soit dit, à l'entendre ci-dessous, ce prof d'histoire-géo non seulement ne sort pas du chaudron mais entraîne dans la soupe magique toutes celles et tous ceux qui passent à sa portée...

Son père passait les dimanches au cinéma local, à Saint-Symphorien-sur-Coise (Rhône), à quelques coups d'aile de Saint-Martin-en-Haut. Projectionniste ou dans la salle, il s'inquiètait de bien installer les spectateurs. Le fiston sur les talons. Il parcourait les rues de la cité industrieuse et collait les affiches. Le fiston sur les talons. On ne vit pas impunément une pareille enfance, la tête dans la lumière des rêves projetés sur la toile d'une salle obscure. Désormais, depuis trente ans, il donne le goût de l'Histoire, avec l'H, aux élèves qu'on lui confie en piochant à pleines mains dans les classiques du 7ième Art et du 9ième Art.

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Au cinéma Paradiso, au vu de sa culture cinématographique, il est membre de l'équipe "Ciné Collection". A ce titre, le 10/03/18, il présente au Festi'vache, la projection du classique Et  milieu coule une rivière de Robert Redford. "C'est magnifique, dit-il, dans l'ambiance d'une salle, meilleur que sur le plus grand des écrans de salon." Le film, rénové, présenté en VO, garde son charme et sa force. 

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Piochant dans sa collection d'affiches, il décore un des couloirs du Paradiso. Quel que soit le thème des séances, il trouve dans son stock quelques raretés pour accompagner le spectateur jusqu'au fauteuil où l'extinction des feux est un éveil, un réveil.

Imaginons un palmarès, celui de Thierry Ducroix où il inviterait les meilleurs de ses proches, amis, voisins, cousins pour leur offrir une journée de plaisir avec trois projections, trois films selon son coeur... Réponse dans l'entretien. Indices ci-dessous... Thierry ? Un amateur amoureux.

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AVEC CHRISTOPHE SWITZER

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FESTI'VACHE 2018 

Rencontres cinématographiques sur le monde rural

Cinéma Paradiso, le 10/03/18, Saint-Martin-en-Haut (Rhône)

Remarqué aux Conviviales de Nannay (Nièvre), Christophe Switzer obtient le prix du scénario puis bénéficie d'une résidence d'artiste au Festi'Vache.

C'est en sortant d'une projection de Top Gun, que le jeune Christophe renonce à devenir pilote de chasse pour une carrière de comédien. Sa mère l'entend, elle l'inscrit, au fil des déménagements (papa militaire...) dans des troupes de théâtre amateur. Puis, plus tard, il suivra le Cours Michel Galabru. Depuis il cite "Michel", le mal-aimé césarisé, avec simplicité et cordialité, comme s'il l'avait revu hier au soir.

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 Il réalise Bagatelle en 2007, dans un troquet appartenant à des amis,   un court métrage de dix minutes dont l'humour est né d'une anecdote - comme souvent. Et ce, à cinq cents mètres du théâtre du Gymnase, au Passage des Panoramas. Panoramas ? Quel clin d'oeil du sort ! Et zou, le film est sélectionné une dizaine de fois, décroche deux prix et part se vendre en Ukraine. Les récompenses ? Indispensables, elles donnent un public aux films qui ont vocation à passer de salle en salle.

Narvalo, court métrage de dix-huit minutes, tourné en 2013, est repéré, primé, diffusé sur TV5. Son ton nerveux et décalé, pour traiter du racisme en banlieue, suscite surprise et commentaires...  Soury, en 2016, un court métrage de vingt minutes où, au pied du Ventoux, un réfugié syrien fait face à un viticulteur aux rudes manières. 

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Je n'étais pas d'accord avec la façon dont les médias parlaient de la Syrie, dit le réalisateur. Une trentaine de prix. Décidément le cinéma de Switzer fait son trou, atteint son objectif : toucher les spectateurs. 

La clef de voûte. Tout film, selon lui, assure sa construction lorsque sa clef de voûte prend place. Pour ce qui est de Breton, scénario primé à Nannay, la clef réside en un cheval de trait. L'animal donne son nom au titre. Le court métrage répond en une économie de moyens. Un lieu circonscrit, c'est à dire une ferme de 1965 et son extérieur. Une poignée de personnages, avant tout un noyau familial. Un moment crucial, un de ces instants de bifurcation que  réserve la vie. Nous connaissons ces heures où une décision attendue ou un événement inattendu pousse le destin à basculer, à pencher sensiblement. Il arrive même que l'occasion ne se produit pas et passe. Quoi qu'il en soit, le scénario de Breton s'affinera avant que ne commence le tournage (sans doute en Bourgogne) comme s'affinent les vins et les pensées.  

Christophe Switzer, un nom que l'on reconnaîtra peut-être plus tard sur un générique de documentaire ou sur une affiche théâtrale. Patience, attendons le prochain Papa, et avec encore plus de patience un récit où l'avion serait au coeur du film.

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29 janvier 2018

AVEC ALAIN BAUGUIL

THEÂTRE DU FENOUILLET

SAINT-GERVAIS-SUR-ROUBION (Drôme)

27/01/2018 : Ennemonde, de Jean Giono

Alain Bauguil interprète, joue la chronique gionienne ! Il accomplit  cette performance de "diseur" depuis... mais qu'importe le temps !

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Le Théâtre du Fenouillet ? Au bout des chemins. On vous accueille dès le parking. La scène ? Un large carré face à des gradins incurvés. Alain Bauguil, au seuil, un bâton à la main, lance la première phrase : "Les routes font prudemment le tour du Haut-Pays." Et voilà, bienvenue chez Giono. Le Giono de la sapience, celui chez qui le savoir écrire se fond dans la saveur de raconter quelque histoire. La voix du comédien, instrumentale, s'adonne à la partition cadencée d'un écrivain qui connaît son sujet puisqu'il l'invente à chaque ligne. Ennemonde ? La chronique d'une femme qui travaille à son propre bonheur dans une chronologie violente, dans un territoire vacillant entre des plateaux pétrés, des vallons célestes et des forêts marines. Si la toponymie du récit énonce des lieux authentiques, la géographie adopte des dimensions à la mesure des personnages et à la démesure de leur auteur. Une heure et demie durant, Alain Bauguil entraîne vers des sommets de jalousie, sur des sentes de haine ou au milieu de carrefours des luttes et des passions humaines. Il nous dit combien la langue est belle, combien Giono nous surprendra encore et toujours, combien la force du comédien réside dans la fragilité mise dans la voix. Jusqu'au terme : "Oui, le printemps va venir."

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Alain Bauguil pendant neuf ans (1975 -1984) dirigea la Maison de la Culture de Firminy, le bâtiment imaginé par Le Corbusier. Une époque de projets, de réalisations au bout de laquelle il quitte le cercle culturo-politique et retrouve son âme de comédien, seul. Sans troupe, sans compagnie comme auparavant, à Lyon, de 1965 à 1975, du temps où il montait avec la joyeuse bande du Tournemire, du côté du théâtre du Point du jour, des pièces impertinentes (Les Pieds Nickelés, d'après Forton) ou des drames en plein air (Barrabas, de Michel de Ghelderode). 

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A Saint-Gervais-sur-Roubion, en 1984, il recommence. En bifurcations, en choix à saisir, son existence est généreuse. L'adolescent espérant devenir pilote de ligne, en Algérie, durant la guerre du même nom, il deviendra contrôleur du ciel. Rétroviseur, le récit autobiographique qu'il dit sur scène, rapporte le souvenir d'un atterrisage nocturne, lui dans la tour, guidant un pilote perdu dans l'obscurité du ciel. Ce diseur de Cendrars, Giono et Maupassant jouera au cinéma : on le voit dans Le Hussard sur le toit de Rappeneau, on l'aperçoit dans Le juge Fayard d'Yves Boisset, Claude Chabrol le prend dans La fille coupée en deux. Il tisse une complicité amicale avec Victor Lanoux qui apprécie de le retrouver pour jouer dans Louis la Brocante et le Commissaire Laviolette. Le cinéma ? Des cachets souvent pour aménager et agrandir le Fenouillet.

Alain Bauguil et Victor Lanoux

Le théâtre du Fenouillet est son refuge, son atelier d'acteur. Il deviendra un toit pour d'autres acteurs. Ici, avant tout, on vient oeuvrer. Le lieu se veut une résidence pour imaginer, répéter, monter  des spectacles. Certes, une programmation ponctue les semaines et les saisons. Bien sûr, des ateliers pour grands et petits s'ouvrent pendant des vacances ou des samedimanches. Mais place aux tréteaux, place aux créations qui naissent ici pour grandir ailleurs. "Ici, on travaille à l'ancienne, dit Alain Bauguil, comme les copiaus."
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Posté par voxinboxdomicit à 21:27 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
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