MICRO-ENTRETIENS

08 août 2017

AVEC JACQUES MENY

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 MANOSQUE, LE 06/08/2017 RENCONTRES JEAN GIONO #12

Jacques Meny, au terme des Rencontres Giono 2017, cible 2020, année du Cinquantenaire de la disparition de l'écrivain

Dans le Petit Larousse de 1964, l'article consacré à Jean Giono (avec photo en marge) se suffit de trois lignes : "GIONO (Jean), écrivain français, né à Manosque en 1895 ; romancier poétique de la haute Provence dans Colline, Regain, Jean le Bleu, etc." Depuis Larousse est plus bavard. L'écart montre combien le regard sur son travail (pourtant presque complet en 1964) progresse dans une reconnaissance toujours plus approfondie et élargie. En 2020, plusieurs manifestations marqueront le souvenir des cinquante années durant lesquelles autant les universitaires que les lecteurs passionnés loin d'entretenir un culte à la mémoire de Giono, renouvèlent la pertinence et la présence de son oeuvre artistique, littéraire, théâtrale, cinématographique...

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 Les Rencontres Giono, depuis douze ans, conçues, préparées et animés par l'Association des Amis de Jean Giono déclinent et croisent les apports autour et au centre des oeuvres gioniennes : en 2014, Giono de guerre revient ; en 2015, Giono, au bonheur des sens ; en 2016, Giono, Rome et l'Italie au coeur ; enfin en 2017, Giono, les animaux, les hommes. Jacques Mény, son président anime rondement les journées où s'enchaînent avec doigté des lectures (tiens, Thibaut de Montalembert), concerts (tiens, la Truite de Schubert...), films (tiens, Chang l'éléphant de Cooper et Schoedsack) et des conférences et débats (tiens, Philippe Taquet...).

Jacques Mény, bien sûr, comme beaucoup jadis - à cause d'une lecture scolaire obligatoire ou par choix de livre de vacances - a lu un Giono en poche, cependant le texte incisif, celui qui le fit basculer dans l'attraction définitive de la planète Giono, fut Hiver : "Il y avait un beau silence, puis la glace craquait." Giono lui donnait à voir, entendre, palper, ressentir... Jacques Mény est persuadé que Giono est grand écrivain car cet artiste utilise et lie musique et image pour créer, avec sincérité, une vision du monde réelle. "Je suis réaliste" dit Giono. Alors Giono l'affabulateur, Giono le menteur ? Non, c'est trop facile ! 

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En 1958, Guy Béart composa la musique du film L'eau vive (réalisé par François Villiers) puis écrivit des paroles afin de chanter la fameuse chanson qui, précise  Jacques Mény, guida le public dans les salles noires.

En 1963, pour les besoins du film "Un roi sans divertissement" (réalisation de François Leterrier), Jacques Brel composa la chanson "Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient ?" Chanson méconnue, enregistrée à la sauvette et que le chanteur ne reprit jamais ni sur scène ni en studio. A l'écoute (ci-dessous) on est tenté de deviner un léger brin de parenté avec "Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?

 "Pourquoi faut-il que les hommes s'ennuient ?" Mr Jacques Brel - 1963


AVEC AGNES CASTIGLIONE

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MANOSQUE, le 05/08/2017 

RENCONTRES JEAN GIONO # 12

Agnès Castiglione, de Jean Giono à Pierre Michon

Bon nombre des amateurs de Giono lisent Michon, affirme Agnès Castiglione. Elle est ligérienne (Loire), mais on la voit souvent à Guéret (Creuse) ou à Manosque, car elle est gionienne et michonienne. Cette universitaire défend une littérature ouvragée, celle qui naît dans le secret atelier de l'écrivain en suivant sa propre pente et dont la facture éblouit le lecteur à jamais. Pour s'en nourrir tout au long et tout au large de la vie.

La voici "amie", membre de l'association des amis de Jean Giono. Elle relit, avant parution (Classiques Garnier en 2016) le Dictionnaire Giono, bible d'un univers littéraire des plus fécond. Presque mille pages  pour amateur et spécialiste. La voilà, fondatrice et présidente de l'association des amis de Pierre Michon. prépare un Cahier de l'Herne (automne 2018) consacré à Pierre Michon. 

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Pierre Michon, un auteur difficile ? Un écrivain qui, comme le préconisait Tchékov, donne aux hommes d'autres hommes, pas lui. Tout récit est l'histoire d'une vie. L'épitaphe des inconnus du cimetière du temps passé réduit l'existence à deux dates, l'article du dictionnaire des glorieuses célébrités à quelques lignes. Même intérêt de la part de Pierre Michon, même curiosité pour rapporter la vie de Joseph Roulin que peint Vincent Van Gogh et celle d'Arthur Rimbaud. Curiosité, grande curiosité emparant des lecteurs avides de contempler le tableau de François-Elie Corentin représentant les membres du Comité de Salut public (Les Onze), car, en vérité, Pierre Michon invente ce tableau avec une telle authenticité qu'on le cherche au Louvre. Qui sait, le trouvera-t-on un jour dans les réserves ?

Avec les lecteurs conquis par le style de Pierre Michon et décidés à pousser la porte de son atelier, ouvrons les pages du recueil "Le roi vient quand il veut". L'écrivain - avec un brin de malice - commente ses textes et ses lectures. Aveu : qu'il est exquis (adjectif gionien) de lire un écrivain sur le conseil d'un autre écrivain !

Agnès Castiglione, depuis l'âge de ses années estudiantines, écoute, suit, fréquente (et chante) Jacques Bertin. Elle promet, dès qu'elle en aura le temps, entre deux rencontres, entre trois colloques, entre dix travaux et cent rendez-vous, de consacrer un ouvrage sur cet artiste dont la voix cisèle les chants puisque "leurs chants sont plus beaux que les hommes".

Jacques Bertin Domaine de joie

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19 juillet 2017

AVEC CLAUDE ROUGE

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Le Pin, le 13/07/17

L'homme qui ne marche plus

Claude Rouge interroge la numérisation omniprésente

Après En scène, l'histoire d'un cadre, quadragénaire passionné de théâtre, après Choc Frontal, récit d'un père de famille, athée humaniste dont la fille se convertit à l'Islam, après Toni Casperlino, comédie jubilatoire d'un plombier à l'assaut de l'Elysée, Claude Rouge explore l'invasion numérique et livre les pérégrinations de Philippe Médian, citoyen d'aucun bord (car là, on peut tomber), homme d'une modération centrale (car là, on ne risque rien). Voici L'homme qui ne marche plus, aux Editions Jets d'Encre.  

Claude Rouge, genre... arlequin. Il ne porte pas un habit pour la ville et un autre pour les champs. Il ne change pas de casquette selon les jours et les heures, non, son habit est celui d'un arlequin, unique et assemblé de pièces de couleurs différentes. L'une est la chanson, une autre est le théâtre, à côté voilà un morceau qui est le roman, et encore et encore... Pour dire vrai, cet  homme met l'expression de l'être au coeur de la création, où qu'il soit, quoi que ce soit, pour quelque raison que ce soit. L'expression, cette opération qui consiste à extraire avec force et délicatesse un sentiment, une pensée, la substance exquise de la vie humaine.

   

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Un des losanges du manteau se nomme fidélité, fidélité à une terre, les Terres Froides (en Isère), fidélité à un éditeur, Jets d'Encre - écoutez-le témoigner de l'importance d'un éditeur qui accompagne et donne confiance - fidélité à un réseau, Accueil Paysan. Ailleurs, pour épater, on accumulerait les nombres - presque 300 chansons, plus de 1000 concerts, 4 romans en 7 ans... ici, on préférera s'étonner que cet homme reconnaisse en chacun de ses contemporains une part de créativité naturelle sans nier les mauvais penchants qui les poussent les uns contre les autres. Que faire ? Vaincre les craintes, lâcher prise, passer outre, oser dire, oser faire, oser opposer et proposer au discours magistral une réponse construite à plusieurs et croire avec patience qu'un pas ajouté au précédent et suivi d'un autre puis un autre, voilà qui apprend autant à marcher que de tracer le chemin. Qui a dit "marcher est une suite de déséquilibres" ? 

Clic sur la photo ci-dessous : Micro-entretien du  10/10/15, débat public avec Sandy Fiol, Claude Rouge et Roger Royer, salon du livre à la Chapellerie de Chazelles/Lyon (Loire)  

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22 mai 2017

AVEC CLAUD MICHAUD

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VIVATS DE VIBREVANZ

Viricelles, le 19/05/2017

 "Le métier de troubadour, c'est conter la vie, l'amour, la mort"

Claud Michaud interprète Félix Leclerc, l'homme qui chante. Sa voix de basse ? Un outil au service de l'expression poétique. Instructeur de vol aéronautique, expert en informatique, homme de radio (CIBL 101.5) Claud Michaud rend hommage à "Félix", celui qui démontra qu'en Québec on pouvait faire autrement. L'aventure, sous le regard bienveillant de Mouffe, la compagne de Robert Charlebois, dure depuis 9 ans en France, au Canada, en Suisse et même en Pologne !

 

Avec passion, il dit combien la chanson, ce patrimoine, est exigeant et nécessaire ; avec chaleur, il confie combien son pays mérite de devenir un jour une nation "ordinaire" pour que celles et ceux qui se ressemblent puissent vivre dans l'indépendance de leur culture. 

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03 avril 2017

AVEC ISABELLE AUBRET

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Salon La chanson des livres 

#15

Randan, le 02/03/17

La chanson pour blason

Isabelle Aubret fait face, comme d'habitude. Les victoires dans la réussite, les accidents de la malchance, les bonheurs simples de l'enfance et des amitiés fidèles, les misères d'un monde en manque de justice, de culture et de poésie... L'âge n'entâme en rien son plaisir de croquer la vie, de rire et de s'attendrir et la voilà qui décide de quitter la scène après une ultime tournée d'au-revoir. Depuis plus de cinquante ans elle met sa voix au service des beaux textes de ceux qui, dit-elle, ont le bonheur de savoir écrire. La petite ouvrière en filature a cardé de bien jolis brins de l'histoire de la chanson.

A Randan, elle présente sa biographie C'est beau la viele coffret des chansons de Jean Ferrat dans leurs enrigistrements d'origine et le dernier album avec des auteurs d'aujourd'hui. Car la chanson d'expression française, même si elle n'a pas la faveur qu'elle mérite et possédait auparavant, reste un véhicule de culture populaire.

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AVEC JEAN-JACQUES DEBOUT

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Randan, 01/04/17

Salon La chanson des livres #15

Hommage à Jean Gabin 

Jean-Jacques Debout, présent pour la troisième fois à la manifestation auvergnate, présente son dernier album, subtile reconnaissance à Jean Gabin qu'il admire encore et à jamais.

Compositeur et mélodiste fécond, il espère voir sur scène deux adaptations musicales majeures : Sans Famille d'après Hector Malot et Poil de Carotte d'après Jules Renard. 

Sa biographie, Ma vie à dormir debout, encycoplédie d'anecdotes étonnantes et de souvenirs colorés, prouve combien cet artiste possède l'art de l'amitié. Il croise Barbara et Johnny Halliday, Brassens et Carlos et se fait un jour enlevé par les sbires de son copain d'enfance Jacques Mesrines

Quelle superbe émission de radio ne pourrait-on pas réaliser à partir des souvenirs de cet homme qui affirme n'avoir qu'une vie banale et ne s'intéresser qu'aux histoires des autres ?

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22 mars 2017

AVEC CHRISTIAN ROUAUD

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FESTI'VACHE

Rencontres cinématographiques 

sur le monde rural 

Saint-Martin-en-Haut,

le 18/03/2017

Christian Rouaud  (César 2012 pour Tous au Larzac) présente Le plaisir du désordre

Christian Rouaud s'étonne du travail créatif d'Eve Bonfanti et Yves Hunstad, comédiens belges (La Fabrique imaginaire) et décide de les filmer durant deux ans. Difficile de convaincre un producteur à s'engager sur un film dont on ignore le contenu à la première prise de vue ! Difficile de monter un récit (car un documentaire est une narration subjective) sans en connaître les épisodes, le ton et la fin... 

Et pourtant depuis 1991 (Allez les petits, primé au festival Ecolimage de Semur-en-Auxois) il ne cesse de découvrir à la fois des expériences humaines, son art de les rapporter et combien ses oeuvres sont appréciées : Histoire de paysans (à propos de Bernard Lambert, créateur des Paysans travailleurs), Les LIP, l'imagination au pouvoir, Avec Dédé (André Le Meut, sonneur de bombarbe), De la maison radieuse (le village vertical du Corbusier).

Avec le Plaisr du désordre il cherche à débusquer - si faire se peut - le noyau d'où germe toute création. 

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20 mars 2017

AVEC KIKI & VONVON

Boisset-Saint-Priest (Loire), le 19/03/17.

 Tourne, tourne, tourne manivelle, chante, chante, chante ritournelle...

Kiki et Vonvon sont tourneurs : ils jouent de l'orgue de Barbarie et chantent partout et de tout. Kiki, c'est elle, Christiane, la brune souriante souvent derrière l'orgue où sa voix jaillit comme une flûte de plus. Vonvon, c'est lui, Yves, le grand devant l'orgue et qui lance les couplets avec un rien de canaille ou un geste de semeur. 

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Dans la semaine, ils sont comme vous et moi, un monsieur Toutlemonde et une madame Nimportequi ; une fois le travail mis de côté ils chantent pour un oui pour un non, pour le plaisir de chanter, pour la joie de faire entendre leurs chansons préférées, pour les amis, pour un anniversaire, pour des inconnus, pour le défi d'attirer le passant, de retenir l'homme pressé, de faire retourner la fille aux écouteurs, pour rien, car le propre de l'être humain, selon eux, c'est le chant. Ils sont fidèles aux festivals de Colmar, de Saint-Galmier, d'Oingt... et un jour, ils iront tourner leur manivelle en Europe de l'Est, là les orgues de Barbarie conservent une popularité naturelle.

Leur instrument sort de l'atelier d'Emmanuel Odin, l'un des rares facteurs français. Un homme qui, sans doute, possède plus de doigts habiles que le commun des mortels. Un homme - chut - le chien... a des préférences musicales, des "cartons" choisis et qui pousse volontiers la serinette. On ne s'étonnera plus désormais que les modulations expressives des canidés puissent s'étoffer à l'aboiement lyrique.

Kiki & Vonvon, eux, poussent la ritournelle en langue française, acceptant les serinettes d'antan mais aussi les nouveautés contemporaines. Mais comment devient-on tourneurs de manivelle et pourquoi ?

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14 mars 2017

AVEC CLAIRE & YVAN RULLIAT, FESTIVACHE 2017

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 FESTI'VACHE 2017  #11

Rencontres cinématographiques sur le monde rural

Avec Claire Rulliat, le 13/09/2917

10 jours, 50 films, 100 séances, 2 prix 

 Le Fagot d'or ? Prix du jury du festival récompensant d'une part le meilleur documentaire et d'autre part la meilleure fiction. L'Epi d'or ? Prix du public pour l'oeuvre récoltant davantage de coups de coeur des festivaliers et spectateurs. 

Onze ans que ce festival à Saint-Martin-en-Haut (Mts du Lyonnais, côté Rhône) invite à découvrir des créations cinématographiques en présence de leurs auteurs. Claire Rulliat se dit oeuvrer parmi d'autres passionnés pour qui l'art du cinéma, au-delà du plaisir de découvrir une histoire, un récit, des sons, des images, des émotions mène à réfléchir. Donneurs de leçon ? Non, passeurs d'humanité afin de relire le territoire rural. De l'écologie à la survie, de la résistance citoyenne au combat personnel, chaque film illustre un aspect de notre présence dans un environnement fragile. Voir les films présentés sur Festivache.

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19 novembre 2016

AVEC JEREMIE BOSSONE

VIVATS DE VIBREVANZ  

Viricelles, le 18/11/2016

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Les frères Bossone ou une gifle artistique !

Salle éteinte, scène enfumée de lumière. D'abord, d'abord il y a l'aîné, Jérémie Bossonele songwriter, celui qui chante ses propres chansons (mais pas que...), puis, il y a le cadet, Benjamin Bossone, le prof de musique, celui arrange les chansons du frangin (mais pas uniquement...). Sur les planches, ils prennent leurs marques. Jérémie rejoint ses guitares dans un cercle  qu'il occupe et habite dès les primes secondes. Benjamin, à sa droite, derrière les claviers, tisse, taille, coud, nappe, habille les mélodies, les rythmes, les textes avec une aisance proche de l'élégance du danseur.

 

La voix de Jérémie cherche l'expression la plus tendue pour incarner le personnage qu'il interprète des pieds à la tête. La posture, le visage, le timbre s'emparent de ce qui est raconté pour servir la phrase, porter le mot. Rien à dire, premier titre, première chanson, premier couplet, première gifle : "C'est moi, là, sirotant mon vin, tombé de zénith en nadir, moi qui me prétends écrivain, eh bien ce soir j'ai rien à dire". Plus loin, petit plaisir à rimer MacDonald avec Scott Fitzgerald ! D'autres gifles suivront, ainsi l'interprétation saisissante d'androgynie de Göttingen (oui, l'hymne à la paix de Barbara, celle qui, sous d'autres noms, remplit encore les salles). On est loin des canons claniques de la chanson à la française. Quoique... Jérémie Bossone avec GLOIRES (faux premier album) reçoit le coup de coeur de l'Académie Charles Cros. Hélène Hazéra, séduite, le reçoit à France Culture (Chanson Boum). Il reçoit l'adoubement de Graeme Allwright en interprétant Suzanne (oui, l'hymne d'amour de Léonard Cohen, celui qui, sous son propre nom, remplit toujours les mémoires). D'ailleurs Jérémie garde avec soin le fameux album "Le jour de clarté" qu'il décortiqua jadis après sa période loudunaise de rock métal dont il conserve une joyeuse violence, un venin réconfortant. On comprendra que Jérémie Bossone aime le relief musical qui fait saillie et qui reste. Surtout si... on a rien à dire.

(Photos : Serge Féchet)

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26 octobre 2016

AVEC L'ECOLE DU TNS/STRASBOURG

#4 RENCONTRES JACQUES COPEAU

Pernand-Vergelesses, le 23/10/16

Trois jours ici puis trois ans là-bas 

Trois jours en Bourgogne à l'occasion de la quatrième édition des Rencontres Jacques Copeau. Trois années de formation à l'école du Théâtre National de Strasbourg. Plus de vingt élèves qu'accompagne Sylvain Wolff (chargé du concours et du suivi des études) assitent et participent aux Rencontres Copeau du 21 au 23 octobre 16. Parmi cette vingtaine, Lisa Petit de la Rhodière, élève-régisseur, une musicienne (piano et percussions) préférant les planches du spectacle au plancher du conservatoire. Et puis Elphège Kongombé et Mélody Pini, deux apprenties comédiennes ravies d'avoir franchi le seuil de l'Ecole Supérieure d'Art Dramatique (ESAD de Strasbourg) et de bénéficier d'une formation de qualité, au-delà de leurs attentes, disent-elles.

  

"Chaud devant", telle est l'accroche des Rencontres rythmées par Ivan Grinberg. Le sous-titre ? Comment le théâtre saisit l'actualité pour la servir sur un plateau". Les premières minutes, salle Louis Pavelot, donnent le ton : le théâtre est un lieu naturellement d'actualité puisque toute création est immédiatement perçue et reçue. Qu'on mette directement sur scène l'actualité (théâtre-meeting), qu'on la recycle (théâtre documentaire), qu'on refuse toute visée militante, tel Michel Vinaver, tout en utilisant l'actualité sociale et politique la plus immédiate, qu'on fasse de la scène un journal (La Blouse bleue), le théâtre fait acte de littérature tout en créant un texte documentaire (Svetlana Alexievitch).

Jean-Pierre Bodin, conteur d'histoires humaines, cherche les raisons du suicide de Philippe Widdershoven dans Très nombreux, chacun seul. Hervée Delafond et Jacques Livchine au Théâtre de l'Unité ne perpétuent-ils pas, d'une certaine manière, la tradition russe de La Blouse bleue en traitant l'actualité en ébouriffants Kapouchniks ? Si la flamme olympique se promène de fête sportive en scène médiatique, le flambeau tendu par Aristophane est brandi par Serge Valetti. A Marseille bien entendu, chez Marius, mais aussi à Lyon, chez Guignol.

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10 octobre 2016

AVEC JEAN-YVES MITTON

Bulle Berry, XXème festival de bande dessinée

Bourges, le 02/10/16

Il apprend le métier grâce à la loi de 1949, dure censure des publications de jeunesse.

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Natif de Toulouse, Jean-Yves Mitton entre aux Beaux-Arts de Lyon. Les éditions Lug lui confie un travail de retouche. Il s'agit de supprimer des Comics reçus des Etats-Unis les éléments non conformes à la déontologie de la loi de 1949. Censure morale mais aussi résistance face à l'Ouest. Jean-Yves Mitton apprend à dessiner à la manière des maîtres yankees, puis des maîtres italiens, à détailler une case, à organiser une planche. Il reprendra Pim-Pam-Poum, Blek le Roc. Puis François Corteggiani l'appelle à Paris. Il crée Noël et Marie chez Pif et l'Archer Blanc dans le Journal de Mickey.

Les quinze albums de Vae victis, épopée de la Guerre des Gaules adaptée par Simon Rocca, restent une oeuvre réaliste, convaincante, superbe. "Vercingétorix" est un titre gaulois porté par Celtill que croise Ambre, jeune femme esclave devenue guerrière, opposée au joug romain. Réalistes les pages de De silence et de sang, histoire de la mafia américaine, sur un scénario de Corteggiani d'après les notes tenues par Jean-Michel Charlier pour ses Dossiers Noirs. Jean-Yves Mitton s'amuse avec le dessinateur Michel Rodrigue à revisiter le 16ème (le siècle) et imagine, tout en salivant toutes les trois pages, de Truculentes aventures de Rabelais. Il lâche encore crayons et gommes pour confier Colorado à Georges Ramaïoli  (mais ne serait-ce pas Simon Rocca ?) et Le Dernier kamikaze à Joël Molinari (dont ce sera l'ultime envol), camarade issu lui aussi de la BD populaire des petits formats qu'on achetait ("qu'on empruntait" tousse  Bernard Capo...) au bar-tabac du coin. De la guerilla gauloise aux combats mafieux, c'est là que le maître nous "mitonne" le meilleur de son art.  

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AVEC AUDE SAMAMA

Bulle Berry, XX ème festival de bande dessinée

Bourges, le 01/10/16

Des dessins pour peindre des destins  IMG_1988

Loin de l'académisme de la ligne claire et du croquis de reportage, le travail d'Aude Samama s'apparente au dessin de Lorenzo Mattotti. Cette analogie (notre esprit à besoin de trier, classer, comparer) ne l'enferme dans aucune contrainte, si ce n'est de rendre l'intensité du ressenti par une pâte de couleurs, d'ombres, de cadrages au service du récit. Pas question non plus d'obéir aux sacro-saints canons des normes américaines. L'aventure ici ne tient pas dans un subtil enchaînement de rebondissements mais dans l'expérience de l'instant : une situation, un lieu, une personne. Denis Lapière, fidèle scénariste, partage le même goût pour raconter des trajectoires d'individus cherchant une place au soleil. Ainsi dans A l'ombre de la gloire, se croisent durant l'Occupation un boxeur tunisien et une starlette proche d'un officier allemand. Ils adaptent le magnifique roman de Jack London, Martin Eden, (trois ans d'un album de 200 pages). Ce récit transposerait la quête de London d'une reconnaissance sociale, d'une quête du succès, de l'amour, de la richesse. Pierre Bayard parle de ce roman comme "le texte prématuré de son autobiographie" (Demain est écrit).

Dans la production d'Aude Samama, les jazzophiles auront remarqué, chez Nocturne, un Bessie Smith à côté d'un Amalia Rodriges et un Serguéï Rachmaninov. Des destinées qui précipitent ces artistes dans une expression vive. Puisque vivre, c'est aussi ressentir, Aude Samama peint des bandes dessinées expressionnistes.

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AVEC JULIETTE DERENNE

Bulle Berry, XXème festival de bande dessinée

Bourges, le 01/10/16

De la physique, de l'histoire, de la géographie et de la littérature 

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 Comment cela ? Juliette Derenne (dit Derji) est ingénieur en physique des matériaux, pas de formation dans une école d'art prestigieuse ? Elle se dit, pour ce qui est du dessin, autodidacte, influencée par Cosey, Giraud, Bilal... Elle lit Yourcenar, Barjavel, Vargas, Maupassant, Merle... Elle s'intéresse à la Révolution et au Premier Empire, à la Première Guerre mondiale. Les Oubliés évoque le sort des enfants-solats d'Ouganda.  Marguerite de Valois est l'héroïne des trois tomes de La Reine Margot - version originale en anglais traduite ensuite en français ! Quant à l'album Le 22ème jour de la lune, il s'agit de la vie d'un missionnaire en Corée. Tandis que Comme des étincelles est une biographie de Marthe Robin.

Née à Bastia, elle suit ses parents au Canada, étudie à Lyon, Derji s'installe à Poitiers. Ses grands voyages passent désormais par le dessin. Elle organise ses pages pour favoriser le cheminement de la lecture. Pour goûter de l'espace, elle aime les cases sans cadre à la Derib, à la Cosey. Un dessin qui semblerait proche parfois de Pierre Brochard, un oublié. Juliette Derenne a tout pour collaborer avec un scénariste d'aventures réalistes en manque de série installée dans la durée. Elle souhaite réaliser des albums à caractère "citoyen", "militant". Les deux pourraient-ils se combiner ?

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